La LGV Tours-Bordeaux aura des conséquences sur le prix du billet de TGV

TRANSPORT La ligne à grande vitesse Sud-Europe-Atlantique (SEA) sera inaugurée le 31 juillet 2017. Elle mettra Bordeaux à un peu plus de deux heures de Paris, mais devrait avoir des conséquences sur le prix du billet de TGV…

Mickaël Bosredon

— 

Un chantier à Ambarès-et-Lagrave sur le chantier de la LGV Tours-Bordeaux.
Un chantier à Ambarès-et-Lagrave sur le chantier de la LGV Tours-Bordeaux. — S.Ortola / 20 minutes

A l’occasion du changement de présidence à la tête de Lisea, société concessionnaire de la ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux actuellement en cours de construction, l’entreprise a fait ce mercredi à Poitiers un point sur la réalisation de ce projet, et son modèle économique.

Le coût du projet

Il est de 7,8 milliards d’euros. «Il n’y a jamais eu de concession ferroviaire en France d’un tel montant» a rappelé Hervé Tricot, président sortant de Lisea. Filiale de Vinci, Lisea est maître d’ouvrage du projet, et assurera l’exploitation de la ligne jusqu’en 2061. Elle apporte 3,8 milliards d’euros pour la réalisation du projet (772 millions d’euros d’apport en fonds propres de ses actionnaires), RFF finance 1 milliard d’euros, et les subventions publiques (Etat, collectivités locales, Union européenne) couvrent les 3 milliards restant. La conception et la construction de la ligne a été confiée à Cosea (piloté par Vinci constructions).

Le plus grand chantier ferroviaire européen

D’une longueur de 340 kilomètres, ce chantier est à ce jour le plus grand chantier ferroviaire européen. «L’inauguration de la ligne est prévue le 31 juillet 2017. A ce jour, nous sommes dans les délais, assure Hervé Tricot. C’est un vrai challenge de réaliser ce chantier en six ans, avec toutes les contraintes économiques, environnementales, humaines que cela implique.»

Les contraintes environnementales

«Elles ont été plus fortes que ce que l’on croyait, reconnaît Laurent Cavrois, nouveau président de Lisea. Non pas que nous avons découvert des problèmes, mais l’application des lois a changé depuis la signature du marché. Cela a été une vraie surprise, et il a fallu construire davantage d’ouvrages d’art que ce qui était prévu. Cela dit, nous sommes dans un schéma contractuel, il n’y aura donc pas de surcoût.»

Le modèle économique

A la livraison de la ligne, Lisea fera payer à la SNCF, et aux autres compagnies ferroviaires autorisées à emprunter la ligne, un tarif par train et par kilomètre, comme RFF (Réseau Ferré de France) le fait déjà sur le reste du réseau ferroviaire français, qui lui appartient. «La SNCF nous voit d’un mauvais œil, en raison de nos tarifs, qui seraient plus élevés que ceux de RFF. Mais ils sont encadrés par la loi, et ne pourrons pas dépasser 18€ par train et par kilomètre, et ils ont été calculé en fonction des tarifs que devrait pratiquer RFF en 2017» assure Laurent Cavrois. Le prix pourrait cependant augmenter les années suivantes, «mais toujours selon un indice que nous ne pourrons pas dépasser.» La capacité de la ligne est de 15 trains à l’heure, «mais nous n’atteindrons pas ce maximum avant plusieurs années». Lisea espère évidemment une rentabilité à terme, mais «pas durant la première moitié de la concession» assure Hervé Tricot.

Y’aura-t-il une augmentation du prix du billet de TGV?

«Ce que l’on a pu constater à l’ouverture des autres nouvelles lignes à grande vitesse, analyse Laurent Cavrois, c’est une hausse des tarifs située entre 0 et 20%. Il est difficile de dire, aujourd’hui, de combien elle sera sur l’axe Paris-Bordeaux, mais on se situera vraisemblablement dans cette tranche.» Face à cette hausse probable, la SNCF met en garde contre un risque de répercussion de cette hausse sur le prix du billet de TGV, surtout avec la concurrence des vols low-cost. «La SNCF parle souvent de la fin du modèle TGV. Ce que l’on constate, c’est que les déplacements sont en forte hausse en direction du Sud-Ouest depuis quelques années. Cette croissance, qui dépasse celle du PIB, concerne tous les modes de transport, routier, aérien et ferroviaire. Certes, la SNCF perd des parts de marché par rapport à l’aérien low-cost sur Bordeaux, mais elle a tout de même prévu une hausse du trafic de 20% sur l’axe Paris-Bordeaux à l’ouverture de la nouvelle ligne» soutient Laurent Cavrois.

Le temps de parcours

«Nous serons vraisemblablement à 2h08 pour le Bordeaux-Paris direct en 2017, estime Hervé Tricot. Les TGV de la SNCF ne sont pas équipés, à l’heure actuelle, pour rouler à 320 km/h sur cet axe, mais à 300 km/h. Lorsqu’elle changera sa flotte de trains, sans doute aux alentours de 2025, ils pourront aller à 320 km/h. Nous estimons dès lors que les passagers gagneront encore cinq minutes sur ce trajet.»

Bordeaux-Toulouse

«Même si le prolongement de la ligne vers Toulouse ne se fait pas sous forme de concession, il contribuera à l’attractivité ferroviaire sur l’ensemble de l’axe, nous espérons donc qu’il se fera vite» dit Laurent Cavrois.