«L'objectif final de la bio-impression, c'est la greffe chirurgicale»

SCIENCES A Bordeaux, une équipe de l'Inserm travaille sur la création de tissus vivants grâce à une imprimante 3D. Elle présentera ses travaux au salon de l'innovation Novaqt qui s'ouvre jeudi...

Mickaël Bosredon

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Fabien Guillemot, chargé de recherches à l'Inserm Bordeaux Segalen, avec l'imprimante 3D créant des tissus vivants
Fabien Guillemot, chargé de recherches à l'Inserm Bordeaux Segalen, avec l'imprimante 3D créant des tissus vivants — S.ORTOLA/20MINUTES

Peu répandue, la technologie de la bio-impression évolue néanmoins de plus en plus vite, et permet désormais d’imprimer des cellules souches d’origine humaine. En France, l’équipe bio-ingénierie tissulaire de l’unité Inserm-Bordeaux Segalen est la seule à travailler sur cette technologie, depuis 2006. Chargé de recherche à l’Inserm, Fabien Guillemot, spécialisé dans l’utilisation du laser dans le domaine bio-médical, se prépare à lancer en 2014 une start-up, La Fabric, au sein de l’incubateur d’entreprises de la région Aquitaine, qui sera chargée de commercialiser et développer la bio-impression. Interview.

Qu’est-ce que la bio-impression?

La bio-impression est une technique qui consiste à fabriquer des tissus vivants, par des approches d’impression 3D. Avec l’équipe de l’Inserm dédiée, basée au CHU de Bordeaux et qui comporte plusieurs corps de métiers, nous travaillons depuis 2006 avec la technique du laser, comme une imprimante jet d’encre. Les impulsions laser permettent de déposer sur un plateau des gouttelettes contenant des cellules, comme si on imprimait un document sur du papier, sauf que là on va créer des tissus vivants.

Que pourra-t-on recréer avec cette technologie?

Le champ des possibles est énorme, ce sont juste les limites de la connaissance scientifique qui nous contraignent pour l’instant. Aux Etats-Unis, des chercheurs affirment qu’ils pourront dans quelques années imprimer des organes complexes, comme des reins. Personnellement, je pense que cela ne sera pas possible avant plusieurs décennies. En revanche, on pourra bientôt reconstituer de la peau, ou de la cornée, car il s’agit de structures plus «simples.» Nous avons même déjà commencé à imprimer les premières couches de ces éléments.

Dans quels domaines pourra-t-on appliquer cette technologie?

Les applications immédiates concernent essentiellement les industries pharmaceutique et cosmétique, qui pourront utiliser l’impression de tissus vivants pour tester de nouvelles molécules ou médicaments, ce qui remplacera les cultures de cellule ou les tests sur animaux. En réalisant des expériences directement sur des tissus humains, cela permettra même aux scientifiques de gagner beaucoup de temps et d’argent. Après, le fait de numériser ouvre beaucoup de perspectives. Nous pourrons par exemple reproduire des tissus qui prendront la forme la plus adaptée possible à la plaie d’un blessé. On pourra même utiliser les propres cellules du patient pour fabriquer ces tissus, ce qui résoudra les problèmes de rejet de greffe. L’objectif final de cette technologie, c’est la greffe chirurgicale.

N’y a-t-il pas des problèmes éthiques qui vont rapidement se poser?

Cela va soulever des problèmes éthiques, même si notre champ d’application est très borné, et a été validé dans le cadre d’un comité d’éthique. Nous nous inscrivons ainsi dans le cadre de l’utilisation des cellules souches, issues de tissus adipeux ou de moelles osseuses, prélevées suite à des opérations chirurgicales ou sur des cordons ombilicaux. Mais nous ne travaillons pas sur des cellules souches embryonnaires, qui elles posent effectivement des problèmes éthiques. Je comprends que ces travaux soulèvent des interrogations, voire des inquiétudes. On peut légitimement se demander si, par exemple, on ne pourra pas les utiliser, un jour, pour l’amélioration des performances. Nous ne sommes pas encore en mesure de modifier les propriétés des muscles, mais il est possible qu’on sache le faire dans le futur. Donc, je crois que c’est un peu tôt pour avoir ce débat, mais il faudra sans doute l’avoir.

Novaqt, les 5, 6 et 7 décembre à l’Aérocampus Aquitaine de Latresne. Entrée gratuite.