En Aquitaine, le télétravail plébiscité

SOCIETE 20Minutes dévoile les grandes lignes d'une enquête lancée par la région Aquitaine sur les souhaits des salariés concernant le travail à distance. Huit personnes sur dix souhaitent le pratiquer régulièrement...

Mickaël Bosredon

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L'espace de coworking Le Node, à Bordeaux
L'espace de coworking Le Node, à Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

La région Aquitaine a lancé en avril une grande consultation auprès des Aquitains portant sur le télétravail. L’enquête, qui sera bouclée dans quelques jours, a déjà obtenu près de 2.500 réponses: 60% des répondants ont entre 30 et 50 ans, un peu plus de 40% sont des salariés du secteur privé, 35% des salariés du secteur public et 20% des indépendants. Plus de 60% des répondants utilisent leur voiture. 20Minutes dévoile les grandes lignes de cette consultation.

80% des Aquitains favorables au télétravail. Selon l’enquête, 80% des répondants souhaitent pratiquer le télétravail, dont 40% dans un tiers-lieu situé à moins de 15 minutes de leur domicile. Seuls 20% le pratiquent de manière officielle.

Développer les espaces de travail partagés. On associe généralement le télétravail au travail à domicile. De fait, entre 80 et 90% du télétravail en France, selon les études, se fait depuis la maison. Or, il existe une autre forme de travail à distance, plus développée dans les pays anglo-saxons, qui se réalise dans des espaces de «coworking», ou «tiers-lieux.» Une quarantaine existent, ou sont en cours de réalisation, à ce jour sur toute l’Aquitaine, et la région souhaite en financer d’autres. «Le but est d’en faire émerger plus de 200 à terme, explique Marc Laclau, le chef de projet à l'Audap (agence d'urbanisme Atlantique et Pyrénées): la région a missionné l’A’urba (Agence d’urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine) et l’Audap pour travailler sur ces tiers lieux. Pour structurer son aide elle avait besoin d’une enquête sur laquelle s’appuyer.»

A la recherche d’endroits calmes et conviviaux. Le tiers-lieu idéal pour les répondants à l’enquête est un endroit «calme et convivial.» Les principaux services souhaités sont, dans l’ordre, de la visioconférence, un espace pour recevoir des clients, de pouvoir y déjeuner, et d’y avoir à disposition les services de fait (imprimante professionnelle, très haut débit.) «Actuellement ces espaces de coworking concernent davantage des travailleurs indépendants que des salariés d’entreprises, analyse Marc Laclau. Il faut convaincre les entreprises et les salariés d’utiliser ces tiers-lieux. A Amsterdam, c’est la municipalité qui a commencé à décentraliser son travail, et cela a créé une dynamique. On s’aperçoit par ailleurs que les tiers-lieux fonctionnent d’autant mieux s’ils sont hétérogènes, c’est-à-dire qu’ils mélangent des salariés du public et du privé, voire des personnes en recherche d’emploi…»

Réduire les temps de trajet domicile-travail. La région Aquitaine n’est pas la seule collectivité à s’y intéresser de près ; la Communauté Urbaine de Bordeaux aussi. Pour la simple et bonne raison que derrière le télétravail se trouve un enjeu de taille: celui de la réduction des temps de trajets domicile-travail. Selon la dernière enquête de l’Insee, 79% des actifs aquitains utilisent leur voiture pour se rendre à leur travail, une part qui grimpe à 88% dès lors que le lieu de travail se situe à au moins 30 kilomètres de son domicile. La même étude note que «l’unité urbaine de Bordeaux occupe une place particulière dans la région: elle attire 80.000 navetteurs résidant hors unité urbaine, dont la moitié habitent à plus de 30 kilomètres.» «Beaucoup de salariés qui travaillent sur la CUB consacrent 1h30 par jour aux déplacements, note Marc Laclau. Au niveau de l’agglomération bordelaise, il y a un véritable enjeu de désaturation des voies de circulation et des transports collectifs. Mais le télétravail n’est qu’un levier, le covoiturage et les parking-relais en sont d’autres, et c’est l’addition de ces phénomènes qui permettra d’améliorer la situation.» Il existe déjà, dans Bordeaux, des espaces de coworking, comme Le Node, ou en cours de réalisation, comme Darwin, mais le véritable enjeu serait d’en créer «tout autour de la communauté urbaine, près des parkings-relais» et également «dans les autres agglomérations, comme Libourne, Langon ou Arcachon.»

Dans les espaces péri-urbains ou ruraux, comme Bedous ou Mimizan, l’enjeu est différent. «Là, il s’agit de faire se rencontrer les actifs, voire attirer un nouveau public, qu’on appelle les néo-ruraux, pour dynamiser ces territoires.»

Un frein: la crainte d’être isolé. Parmi les freins évoqués par les personnes interrogées, elles ont répondu, dans l’ordre: leur métier, qu’elles considèrent non «télétravaillable», puis leur direction, et enfin l’organisation de l’équipe.  20% d’entre elles craignent d’être isolées dans leur travail.

Un salarié sur deux «télétravaillable.» Au niveau national, on estime à un peu moins de 50% la part de métiers «télétravaillables.» Estimation confirmée en Aquitaine, où la région a évalué que 500.000 actifs, sur 1,2 million, seraient concernés. «Nous savons qu’une part importante de métiers ne peut pas se réaliser à distance, confirme Marc Laclau. Mais, contrairement à des idées reçues, tout ce qui concerne le management peut tout à fait l’être, grâce notamment aux nouveaux outils numériques. Cela est confirmé par ce qu’on appelle le «télétravail gris», phénomène qui se développe depuis quelques années, et qui consiste à ramener du travail à la maison, le soir, les week-ends ou pendant les vacances. C’est un levier pour amener ces salariés vers le télétravail.» Selon l’enquête de la région, «plus de la moitié des répondants travaillent chez eux en dehors des heures de travail, 35% travaillent le week-end chez eux et 1 répondant sur 4 pendant ses vacances.»

>>> Vous pouvez encore répondre à l'enquête sur le télétravail de la région Aquitaine, qui est toujours en ligne