«Un bus-dodo» pour les fêtards bordelais

Elsa Provenzano

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Le somnibus, un concept de bus-couchettes, a été repris à Bordeaux.
Le somnibus, un concept de bus-couchettes, a été repris à Bordeaux. — JEAN PIERRE MULLER / AFP

«On revient de boîte et avant de prendre la voiture, on a vu le bus. Je me suis dit qu’on allait se reposer, c’est plus raisonnable. On a fait la fête violemment et là on ne peut pas conduire, sinon on risque de se retrouver contre un mur», explique Clément, vers 4 h, jeudi matin. Il va se reposer quelques heures dans une des cinq couchettes du «Somm’en bus», alors stationné près de la maison écocitoyenne.

Le bus a commencé à accueillir des jeunes le 17 octobre et il est en test à Bordeaux jusqu’au 21 décembre. Après la série de six noyades l’an dernier, dans un contexte de soirées alcoolisées, les autorités ont choisi de positionner le bus le long des quais. Il est stationné le jeudi près de la maison écocitoyenne, le vendredi aux Bassins à flot et le samedi sur les quais de Paludate. Une réflexion est en cours pour une installation près de la place de la Victoire, où les étudiants sortent beaucoup. C’est l’Etat qui finance le dispositif.

«On ne fait pas la morale»

«Deux secouristes évaluent l’état des jeunes qui se présentent et appellent le 15, s’il le faut. Ceux qui ne sont ni en danger ni violents se reposent et, à partir de 5 h, il leur est possible de prendre le tramway. On appelle leurs familles s’ils ne sont pas en état de prendre les transports en commun», explique le docteur Benoît Fleury, président de l’anpaa, l'association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, qui gère le dispositif.

Les jeunes qui sont pris en charge dans le bus par Medhi Fatnassi, animateur de prévention à l’Anpaa, ont entre 19 et 25 ans. Les plus jeunes ont 15 ans. «C’est un accueil anonyme. On ne fait pas la morale et la police n’est pas impliquée», souligne l’animateur. Dans l’ensemble, les jeunes fêtards saluent l’initiative. «C’est une bonne solution d’urgence si on n’habite pas sur Bordeaux », estime Esteban, 18 ans, venu visiter le bus par curiosité. «C’est un très bonne idée pour éviter la cellule de dégrisement», ajoute son ami Clément, 18 ans.

Les jeunes peuvent amener un de leurs amis, trop saoul pour continuer la soirée. Il laisse alors leur numéro de téléphone et vienne le récupérer plus tard dans la nuit. «On veut faire passer un message de solidarité : ne laissez pas un camarade isolé, prenez le en charge et amenez le au bus», insiste Patrice Vaiente, directeur de cabinet du préfet délégué à la sécurité Hubert Weigel. D’autres viennent souffler avant de prendre la voiture.
«Les jeunes l’appellent le bus dodo», dit en souriant Medhi Fatnassi, qui pense qu’il faut un peu de temps pour qu'ils s’approprient le concept.

Un concept de bus testé à Bordeaux

«Je suis traiteur et j’ai inventé le somnibus en avril 2013, pour remédier aux problèmes de couchage après les soirées festives. Cela a fonctionné tout l’été j’ai fait des mariages, des enterrements de vie de garçons et des fêtes de famille», raconte Laurent  Vandershickt. Quand il se présente à la mairie de Bordeaux pour obtenir une demande d’autorisation d’installation, on lui propose une collaboration. Un bus a été aménagé spécialement et s’appelle le somm’en bus: il dispose de seulement 5 couchettes au lieu de 18 dans le somnibus, de places assises, d’une table d’examen et de toilettes.

«Les jeunes n’ont pas de sensation de répression et on n’a constaté aucune dégradation jusqu’à maintenant», se félicite Laurent Vandershickt. Il attend fin décembre pour tirer un premier bilan de l’expérience et présenter le projet dans d’autres villes.

Si le concept se pérennise, le bus pourrait être utilisé lors de la fête du vin et de la fête de la musique, deux événements pendant lesquels les jeunes consomment beaucoup d’alcool.