«Avec le projet des Bassins à Flot, on ne pourra plus vivre ici»

REPORTAGE Le projet urbanistique des Bassins à flot est l'un des plus importants actuellement en cours à Bordeaux. Il ne ravit pas les résidents à l'année du port de plaisance.....

Mickaël Bosredon

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Thierry et Wilfried vivent à l'année sur leurs bateaux aux Bassins à Flot, à Bordeaux
Thierry et Wilfried vivent à l'année sur leurs bateaux aux Bassins à Flot, à Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

«Chacun pourra se loger.» C’est l’une des formules phares de présentation du projet urbanistique des Bassins à Flot à Bordeaux. L’avenir de leur logement, c’est pourtant bien ce qui inquiète ceux qui vivent à l’année dans leur bateau amarré au port de plaisance.

Ils sont entre vingt et trente à être installés ici. Certains pour quelques mois. D’autres y ont trouvé un style de vie depuis des années. Du rentier qui a fait de Bordeaux son port d’attache entre deux voyages, à celui qui a trouvé dans ce port mal équipé, sans eau ni électricité et donc bon marché, un moyen de se loger, on trouve des personnages aux profils variés. 20Minutes est allé leur demander ce qu’ils pensaient de ce projet pharaonique.

«C’est une aberration» s’emballe d’emblée Wilfried, qui rénove et vit sur son bateau depuis un an. «Ici, c’est un endroit où des gens, sans trop de ressources pour la plupart, ont fait le choix de vivre sur leur bateau. Ce n’est pas cher, il y a un côté social, humain, au grand air, qui nous convient à tous.  Mais avec ce projet urbanistique, et cette marinade, ce ne sera plus possible.»

Pas convaincus par le projet de marina

La marina, c’est ce qui les inquiète le plus. Le Grand port maritime de Bordeaux est en effet chargé d’améliorer et d’agrandir le port de plaisance, qui doit à terme pouvoir accueillir 500 bateaux. «Mais ils se trompent, poursuit Wilfried, les plaisanciers ne viendront pas ici, car il faut deux jours pour rejoindre la mer, le temps de passer les écluses et la Garonne. Il n’y a que ceux qui, comme moi, vivent  sur leur bateau à l’année, et sortent de temps en temps, qui trouvent l’endroit intéressant, parce qu’on peut travailler dessus en toute tranquillité.»

Le projet de marina convainc en effet peu de monde parmi les résidents.  Mais certains y voient justement une note d’espoir. «Effectivement, ce ne sera jamais une marina ici, confirme Bernard Balaresque-Hériard-Dubreuil. Mais c’est ce qui me fait penser qu’on nous laissera continuer à travailler sur nos bateaux, comme nous le faisons actuellement. Le loyer sera juste un peu plus cher, quand ils auront installé les sanitaires et l’électricité sur le port.»

Aujourd’hui âgé de 68 ans, ce comte issu de la noblesse bordelaise a plaqué sa carrière dans le médical à l’âge de 50 ans, pour s’adonner à sa passion, la navigation. Il a déjà fait le tour du monde, et s’apprête à repartir aux Canaries, avant de rejoindre les Antilles. «A condition que je puisse sortir avant le 15 novembre, date du début des travaux sur les écluses. Après, ce ne sera plus possible, et ce avant plusieurs mois.»

«Ils nous empêchent de sortir», avec les travaux sur les écluses

Les travaux sur les écluses, un débat qui fait s’enflammer la communauté qui vit sur le port de plaisance. «Elles ont été déjà fermées pour travaux de fin 2012 à juin 2013, si bien que l’on a tous été bloqués tout l’hiver ici, s’énerve Christian (le prénom a été changé). Or, si l’on vit sur un bateau, c’est bien pour pouvoir s’en servir de temps en temps.» Le but de l’opération était de retirer la vase déposée au fond des bassins, et de refaire l’étanchéité des portes de l’écluse. «Mais les travaux se sont très vite arrêtés, sans que l’on ne nous informe de rien. Et on nous annonce que l’on va de nouveau fermer les écluses cette année… Forcément, on se pose des questions!» Wilfried est convaincu qu’ «ils cherchent à nous avoir à l’usure, en fermant les écluses pour des travaux qu’on ne voit pas se réaliser, ce qui nous empêche de sortir.»

Jean-Claude, qui s’est installé sur son bateau cet été, après avoir connu des difficultés personnelles, s’interroge lui sur les travaux au niveau du port. «Pour construire les nouveaux pontons, il va falloir retirer les bateaux, comment vont-ils s’y prendre? Où vont-ils les mettre?» La situation de Jean-Claude s’est depuis améliorée, mais il reste mobilisé sur ces questions. Par solidarité avec ses compagnons de fortune.