«Cela va donner plus de poids à l'activité des petits producteurs»

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Bernard Artigue, président de la chambre d'Agriculture de Gironde

La filière doit être performante et innovante. Et ça passe forcément par de la recherche et de l'expérimentation. Tant au niveau de la vigne et du vin, avec un travail sur les maladies, qu'à l'adaptation de notre produit à la demande. En termes d'évolution, il paraît important d'avoir, à Bordeaux, des pôles de recherche forts en matière vitivinicole. Il est vrai qu'il existe déjà un tissu, mais il serait bon de tout rassembler afin de mieux redéfinir les rôles et les priorités. Le pôle de compétitivité Inno'vin peut donner une nouvelle dynamique. La viticulture étant un facteur économique primordial, l'innovation, c'est ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui. Car réduire les volumes, c'est essentiel, mais si on ne fait que ça, on régresse. Les recherches pourront peut-être mener à de nouvelles technologies en matière oenologique ou à de nouveaux produits pour mieux répondre aux attentes du consommateur. Et comme ce dernier est très changeant, ça va peut-être apprendre aux producteurs à être plus réactifs.

Delphine Mallet, viticultrice à Lussac et vice-présidente des jeunes agriculteurs (JA) Gironde

Cela peut nous permettre de trouver des débouchés et des solutions à la crise. A partir du moment où l'on se regroupe, on a plus de poids et on va tous défendre une même appellation, une même marque, ce qui est beaucoup plus porteur à l'export et même au niveau national. On représentera alors quelque chose de plus grand plutôt que d'avoir chacun notre petit nom de château. Pour communiquer, c'est plus facile. La force du groupe, c'est d'avoir des idées et de les mettre en commun. Même si c'est encore un peu difficile à imaginer aujourd'hui car chacun se replie sur lui-même, surtout en période de crise, comme celle que nous vivons en ce moment. Aujourd'hui, cet individualisme pose énormément de problèmes, au niveau de la commercialisation, notamment. Pour ce volet, il faudrait faire un système de cave coopérative pour mutualiser nos moyens : ce serait plus simple si tous les viticulteurs se rassemblaient. Et c'est la même chose pour les négociants car ils sont 400 dans le Bordelais... Il faudrait une fédération avec une politique commune.

Alain Vironneau, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB)

Ce pôle de compétitivité a la particularité de fédérer tous ceux qui croient à la vigne et au vin. Il s'agit de préserver l'acquis et de faire progresser la région. C'est un excellent chantier de mobilisation d'une même filière et une reconnaissance de la part de l'état. L'activité économique de la région doit être reconnue. Par ailleurs, le pôle de compétitivité est la mode et la région se doit d'en faire partie. Et même si, grâce à son dynamisme, Bordeaux ne risque pas de perdre sa renommée, elle doit se projeter dans l'avenir. Mais il faut savoir que ce pôle est indépendant de la crise viticole. C'est à dissocier. La crise bordelaise est à l'image de l'économie mondiale, et elle est liée à de nombreux facteurs. En revanche, Inno'vin est une assurance supplémentaire de la compétitivité de notre outil pour demain. Et même pour le petit producteur, c'est une reconnaissance : ça va donner plus de poids à son activité. Inno'vin est une mobilisation politique autour d'une région prometteuse qui mérite d'être aidée.

Franck Ballester, directeur de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA)

Il est bien d'avoir un lieu où tous les intervenants puissent se parler afin de se mettre d'accord sur les stratégies commerciales, les types de produits à fabriquer demain pour plaire aux consommateurs... Le problème de Bordeaux, c'est qu'on est divisé et que l'on se tire dans les pattes, alors que pour pouvoir faire face à la concurrence internationale, il faut être uni. Cette union permettrait d'établir la stratégie commerciale à suivre, le bon marketing des produits et de mettre en place des programmes de recherche et développement afin de savoir quels sont les cépages ou les types de vinification porteurs. Le nom de Bordeaux est historiquement connu pour être la capitale mondiale du vin, mais ça ne suffit pas. Il faut se doter de passerelles entre la recherche, l'interprofession et la production. Il s'agit de trouver les synergies financières et techniques pour mettre en place demain une dynamique de développement viticole. Et tant qu'on n'était pas en crise profonde, il y avait plus de concurrence entre nous que de volonté de se rassembler.

O. D.