Dans les Sauternes, «nous sommes passés à 24h d'un cru exceptionnel»

VENDANGES Château Guiraud a quasiment terminé sa récolte pour 2013. Le millésime devrait être bon. Il aurait pu être fabuleux...

Mickaël Bosredon

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Vendanges chez château Guiraud (Sauternes), le 17 octobre 2013
Vendanges chez château Guiraud (Sauternes), le 17 octobre 2013 — S.ORTOLA/20MINUTES

Premier grand cru classé dans les Sauternes, Château Guiraud a rentré 90% de sa récolte de 2013. «Nous ferons certainement un dernier passage dans les vignes cette semaine pour ramasser ce qui peut l’être, mais pour nous, c’est quasiment terminé» explique Luc Planty, fils du directeur de l’exploitation, Xavier Planty.

Souvent considérée, à tort, comme une vendange tardive, la récolte des Sauternes est toujours très longue. «Nous devons attendre l’arrivée du champignon botrytris pour commencer à vendanger, et celui-ci ne se forme jamais de façon uniforme, explique Augustin Lacaille, représentant du château pour les Amériques et l’Asie, si bien que nous devons passer entre quatre et huit fois dans les rangs pour récolter les baies botrytisées, parfois grain par grain, entre septembre et octobre.»

Botrytis, un champignon aux valeurs nobles

Botrytis est un champignon présent dans tous les vignobles. Mais il n’y a que dans les Sauternes qu’on le laisse se développer. Grâce à un microclimat spécifique à cette région, apporté par la présence de la Garonne et de la forêt des Landes, ce champignon va en effet fabriquer des baies très concentrées en sucre. Ce que l'on appelle la pourriture noble. «Pour cela, poursuit Augustin Lacaille, il faut le moins de jus possible dans les raisins. Nous avons donc besoin en période de vendange d’un vent sec pour assécher les vignobles.» La baie doit ressembler, au moment de la récolte, à un raisin sec. Le rendement est, à l’arrivée, très faible. «Un pied de vigne équivaut à un à une bouteille dans le Médoc, et à un… verre dans les Sauternes» souligne Augustin Lacaille.

Du coup, chez Château Guiraud, «une grande partie de la qualité du vin se fait au moment des vendanges», poursuit Augustin Lacaille. Les quelques 130 vendangeurs recrutés cette année doivent en effet repérer à l’œil les grains mûrs, de ceux qui ne le sont pas encore. «Et ils doivent surtout séparer les baies victimes de pourriture aigre, qui pourraient donner un goût de vinaigre au vin.»

«J’envisageais de refaire un millésime comparable à 2001»

Après une année 2012 catastrophique (un équivalent de 600 caisses ramassées au lieu de… 10.000 en année normale), 2013 s’annonçait sous de meilleurs auspices pour château Guiraud. Mais «la récolte a été frustrante» explique Xavier Planty. «Début septembre, j’envisageais de refaire un millésime comparable à 2001, qui avait été exceptionnel. Au final, nous sommes passés à 24h de quelque chose de grandiose, à cause d’une humidité qui ne nous a pas lâchée durant les vendanges», peste le directeur d’exploitation. «Nous avons essuyé une averse le dernier week-end de septembre, avec un total de 40 millimètres d’eau en quelques heures, ce qui nous a mis très mal, poursuit Luc Planty. En gros, tout ce qui est rentré avant est très beau. Ce qui est rentré après l’est moins.»

2013 devrait tout de même compter parmi les beaux millésimes. Les premiers tests sur la récolte déjà en barrique, et actuellement en cours de fermentation, satisfont le maître de chai, Hubert Corre. «Nous avons eu un très beau champignon, qui n’a pas viré à l’aigre-doux ; on sent bien le fruit: qualitativement, on est bien.»

Le rendement sera cependant faible cette année. Château Guiraud devra compter sur «environ un tiers de moins qu’une année normale» estime Xavier Planty.