David Brassard : «Je veux revenir là-bas la tête haute»

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David Brassard, hôtelier aux Chartrons.

Votre procès concernant une affaire de meurtre en Turquie débute demain à Fethiye, qu'en attendez-vous ?

Je veux être disculpé entièrement et que la légitime défense soit reconnue. Ce n'est pas un problème de dommages et intérêts car ils sont indexés sur le salaire turc : 14,50 e par jour... Mais pour moi, c'est une question de principe. Je veux revenir en Turquie la tête haute. Même si je suis en colère contre le système judiciaire, je n'en veux pas aux Turcs.

Pourquoi n'y êtes-vous pas allé ?

J'ai été libéré sans caution, donc la justice turque considère que j'offre des garanties suffisantes. Quant à ma mère et à ma femme, elles ont dû fournir des certificats médicaux, justifiant que leur état de santé ne leur permettait pas d'assister au procès. J'irai en Turquie quand le verdict sera prononcé.

Que s'est-il réellement passé le 23 août, pendant vos vacances ?

Nous étions partis en croisière sur le bateau de mon père, avec mes parents, ma femme et l'homme chargé de s'occuper du bateau. Ce jour-là, en pleine mer, il est pris d'un coup de folie lorsque mon père, s'apercevant de la disparition du canot de sauvetage, menace d'alerter la police. Il blesse mon père au ventre d'un coup de couteau. La mer est démontée, ma mère et ma femme terrorisées. Je tiens la barre. Il continue de nous menacer pendant que mon père perd son sang. En essayant de lui faire lâcher son arme, je l'atteins au larynx d'un coup de coude. Après l'avoir ligoté, nous l'attachons, vivant, à l'extérieur de la cabine. Ce n'est qu'une fois de retour au port que nous constatons sa mort.

Quelles sont les conséquences de ce drame ?

Mon père est hospitalisé avec une côte cassée et le foie touché. Je suis inculpé pour homicide involontaire, ma femme et ma mère pour complicité, l'homme étant mort par étouffement à cause de l'éclatement de la thyroïde. Les femmes ont fait quelques jours de prison et ont été obligées ensuite de rester en Turquie. Quant à moi, j'ai été incarcéré pendant cinquante jours dans des conditions difficiles : une douzaine de prisonniers dans une cellule de 12 m2, un bol de riz par jour, un oeuf le dimanche, l'eau chaude une fois par semaine. Nous avons dû payer 30 000 e de frais d'avocats et de caution. Pour notre hôtel aux Chartrons, c'est encore 30 000 e de pertes, malgré les efforts de toute l'équipe.

Comment va votre famille aujourd'hui ?

Ma femme est en dépression nerveuse, ma mère est suivie par un psychologue. Toujours hospitalisé, mon père a été infecté par un staphylocoque. Toutes les manifestations de soutien en France et en Turquie nous ont aidés à tenir.

En quoi ces événements vous ont-ils changé ?

J'ai été surpris par ma force. Je me suis forgé une carapace. Aujourd'hui, je sens que je suis plus percutant, moins sentimental. Mais je suis encore dans le combat. Quand le verdict sera connu, la pression retombera et peut-être qu'à ce moment-là, je craquerai mentalement.

Recueilli par Julie Millet