Violences scolaires: «Après ce qu'il s'est passé, je suis devenu doublement attentif»

TEMOIGNAGE Enseignant au lycée L'Estuaire de Blaye, Fabrice Olsak témoigne pour la première fois du drame qu'il a vécu le 19 mars dernier, lorsqu'un de ses élèves a mortellement poignardé un autre lycéen en plein cours...

Mickaël Bosredon

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Le professeur du lycée L'Estuaire de Blaye, Fabrice Olsak, décoré par Vincent Peillon le 23 septembre 2013
Le professeur du lycée L'Estuaire de Blaye, Fabrice Olsak, décoré par Vincent Peillon le 23 septembre 2013 — S.ORTOLA/20MINUTES

Il n’avait encore jamais parlé aux medias depuis ce drame du 19 mars dernier. Ce jour-là, Sylvain, un élève de 15 ans, était poignardé, en plein cours, par un élève de 17 ans, au lycée professionnel L’estuaire, à Blaye (Gironde). «Tout s’est passé très vite, et cela a été extrêmement violent, raconte aujourd’hui Fabrice Olsak, le professeur qui donnait le cours au moment du drame. C’était impossible d’anticiper ce qu’il s’est passé. Contrairement à ce que j’ai pu entendre, il n’y a jamais eu d’altercation préalable entre les deux élèves.» Juste après le coup de couteau, la première réaction de Fabrice Olsak a été de «protéger les autres élèves de la vision de ce qui se passait devant eux, et de porter secours à Sylvain.» Grièvement blessé, l’adolescent décèdera dans la nuit suivante.

Ce lundi, le ministre de l’Education nationale était à Bordeaux pour remettre les palmes académiques à cet enseignant, pour acte de bravoure, ainsi qu’à l’un de ses collègues du lycée l’Estuaire, parti à Cenon depuis. Trois autres personnels de l’Education, infirmières et assistantes d’éducation au collège Saint-André de Bordeaux, étaient également récompensés pour avoir secouru, et sauvé, le 17 octobre 2012, une jeune fille qui venait de subir trois arrêts cardiaques consécutifs.

«Pulsions morbides» du lycéen auteur du coup mortel

«C’est la gratitude de la nation que je voulais évoquer» leur a déclaré Vincent Peillon, au cours d’une cérémonie pleine d’émotions. Le ministre a insisté à plusieurs reprises sur «la solitude» des enseignants, lors de drames de ce type, et indiqué que «nous n’avions pas vu les pulsions morbides qui animaient ce jeune auteur du coup de couteau.»

L’auteur du crime, contre lequel une information judiciaire pour assassinat a été ouverte, Fabrice Olsak ne veut pas en parler. En revanche, il pense encore beaucoup à Sylvain, à qui il «dédie» cette distinction. «C’était un élève plein d’enthousiasme et de générosité, qui aurait dû rentrer chez lui ce soir là.»

«J’ai voulu rester dans l’établissement»

L’enseignant porte aujourd’hui «un regard différent» sur son travail, et sur l’école, «sanctuaire censé protéger tous les jeunes qui y pénètrent.» «J’ai conscience qu’il peut y avoir des altercations dans l’enceinte de l’école, mais jamais je n’aurais imaginé qu’il pouvait se passer cela.» Il se dit désormais «doublement attentif à tout ce qu’il peut se passer en cours, plus sensible à la moindre chose qui peut paraître anormale.»

Fabrice Olsak n’a pas pour autant souhaité quitter l’établissement. «J’ai voulu rester, et aucun élève de la classe n’est parti non plus.» Reste à savoir ce qui a poussé le lycéen de 17 ans à commettre ce geste. «On essaye de comprendre, mais la raison, on ne la connaît pas.»