La façade maritime d'Aquitaine en première ligne face au réchauffement climatique

ENVIRONNEMENT Le climatologue Hervé Le Treut a présenté mercredi au conseil régional d'Aquitaine, un ouvrage scientifique étudiant les effets du réchauffement climatique sur la région...

Mickaël Bosredon

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La résidence Le signal, à Soulac-sur-Mer, exposé à l'érosion des dunes sur la façade atlantique.
La résidence Le signal, à Soulac-sur-Mer, exposé à l'érosion des dunes sur la façade atlantique. — S.ORTOLA/20MINUTES

Comment analyser les impacts d’un réchauffement global de 4 ou 5°C lors des prochaines décennies, à l’échelle de l’Aquitaine? C’est l’ambition de l’ouvrage scientifique, commandé par le conseil régional et coordonné par le climatologue Hervé Le Treut, qui a été présenté ce mercredi au conseil régional d'Aquitaine.

«Au niveau du Giec, les scénarios de réchauffement de la planète les plus pessimistes se confirment de rapport en rapport» a commenté Hervé Le Treut. «J'ai trouvé la démarche de la région Aquitaine intéressante, car il est en effet désormais important d'anticiper les éléments du réchauffement au niveau local.»

Ce document de plus de 300 pages rappelle «la difficulté de passer de chiffres globaux à des évolutions plus locales» mais soutient que «le réchauffement sera plus fort en Aquitaine que pour l’ensemble de la planète.» La température moyenne de la région a déjà augmenté de 1°C ces dernières années, soutient le président Alain Rousset (PS).

De plus en plus de poissons tropicaux observés dans le Golfe de Gascogne

L’Aquitaine, «avec sa très longue façade maritime, ses activités économiques en zones inondables, est particulièrement sensible au relèvement moyen du niveau de la mer (…) Celui-ci s’est poursuivi à un rythme de plus de 3 mm par an, à l’échelle globale» rappellent les scientifiques dans leur étude.

Concernant les projections, «les moyennes indiquant un relèvement en fin de siècle allant de 0,18 m à 0,59 m, qui sont celles de l’exercice 2007 du Giec, sont désormais considérées comme trop restrictives, compte tenu des taux de fonte récents du Groënland et de l’Antarctique. Ce sont souvent des valeurs dépassant 0,5 m voire 1 m qui sont retenues pour 2100» y compris en zone côtière. L’augmentation de la température de la mer (entre 0 et 100 m) se situerait, elle, entre 0,015 et 0,020°C par an.»

Les changements déjà observés montrent que «la biodiversité va évoluer vers une augmentation de la représentativité des espèces tempérées chaudes.»

Disparition de l’orque, croissance du dauphin…

Ainsi, si une disparition temporaire dans les eaux d’Aquitaine de l’orque épaulard est à signaler, les populations de dauphin commun affichent  une tendance à la croissance.

De même, des espèces tropicales inconnues des eaux européennes avant les années 1960 «sont de plus en plus souvent observées dans le Golfe de Gascogne. Les premieères à être signalées appartenaient à des espèces vivant entre 200 et 600 m de profondeur venues grâce au courant de pente sud nord. Elles sont à présent régulièrement observées dans le Golfe depuis 1975, et sur le plateau continental à partir de 1981 (en moins grand nombre).»

Invasion de physalies

Depuis 2010 on observe également des migrations d’espèces habituellement peu représentés sur le littoral aquitain et provenant du Golfe de Gascogne, comme les physalies ou les cténaires.

«L’invasion des physalies, organismes complexes extrêmement dangereux proches des méduses, pendant l’été 2011 (1000 cas d’envenimation cette année là en Aquitaine) est interprétée comme une illustration possible d’un changement de régime des vents et des courants.»

250 bâtiments situés sur le littoral menacés

Constitué de 230 km de côtes sableuses et d’environ 40 km de côtes rocheuses, le littoral aquitain est l'une des régions européennes les plus exposées à l’érosion marine. «Près du tiers de la portion littorale sableuse présente un recul moyen de 1 à 3 m par an. Les falaises de la côte basque sont également sensibles aux phénomènes de mouvement de terrain et exposent des biens et des personnes du fait de la densité de l’occupation de toute la frange littorale.»

Une première approche permet «d’estimer que ce sont potentiellement près de 250 bâtiments d’habitation qui sont menacés à l’horizon 2040 sur la côte sableuse dans les Landes et en Gironde et près de 150 biens concernés par un aléa moyen ou fort de mouvement de falaise dans les Pyrénées-Atlantiques.»