«Le frelon asiatique est toujours présent»

ENVIRONNEMENT Scientifique à l'Inra Bordeaux-Aquitaine, Denis Thiéry est spécialiste de la biologie du frelon asiatique. Il fait un point pour 20Minutes sur l'état de la connaissance scientifique concernant cette espèce invasive, prédatrice de l'abeille...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Attaque de frelon asiatique devant une ruche
Attaque de frelon asiatique devant une ruche — S.ORTOLA/20MINUTES

Y’a-t-il eu moins de frelons asiatiques cet été?

Tout le monde a l’impression qu’il y en a eu moins cette année. Cela peut être dû à un retard climatique, qui va décaler leur cycle classique, ou à un phénomène assez récurrent chez les espèces invasives, qui montent très vite en population les premières années, avant de connaître une chute  au bout d’une période, en raison d’un effet «dilution» des individus sur le territoire, et d’un mécanisme de compétition qui se met en place entre eux. Mais après cela repart à la hausse. Apparu en 2004 en Aquitaine, le frelon asiatique a peut-être atteint cette phase transitoire. Il n’y a en tout cas aucun signe tangent d’un recul de l’espèce.

Quelles sont les techniques qui fonctionnent le mieux pour combattre cette espèce invasive, prédatrice des abeilles?

A l’heure actuelle, nous n’avons pas encore trouvé mieux que la destruction intensive des nids. Il existe trois types de destruction. Il y a la bombe insecticide à guêpes classique, le dioxyde de soufre (SO2), un bactéricide, ou, enfin, un gaz aux propriétés cryogéniques, type azote liquide. Le dioxyde de soufre présente plusieurs avantages. D’abord il ne s’agit pas d’un puissant toxique, contrairement aux insecticides, et il est moins cher que l’azote liquide. Certains veulent le supprimer, mais par quoi le remplacerait-on alors? Cela dit, nous étudions parallèlement d’autres techniques pour combattre l’espèce.

Lesquelles?

Actuellement nous effectuons des extraits de phéromone de frelon pour les tester sur le terrain, et voir si certains peuvent le perturber. Avec le CNRS de Gif-sur-Yvette, nous travaillons également sur le système olfactif de l’insecte, en étudiant les zones de son cerveau qui réagissent aux odeurs, ce qui pourrait nous aider à trouver une molécule capable de le faire réagir. Enfin, notre troisième angle d’attaque consiste à étudier son nid. Nous en équipons certains de différents capteurs, notamment thermiques, car il se pourrait qu’en jouant sur la température, nous réussissions à le désorganiser.

La désorganisation du nid semble être la clé du succès pour réussir à combattre le frelon?

Oui, le problème étant que le nid de frelons est plus compliqué à appréhender qu’une ruche d’abeilles. Il est perché plus haut qu’une ruche, en moyenne à une vingtaine de mètres, et il est ultra-défensif, si bien qu’une protection d’apiculteur ne suffit pas pour s’en approcher. Le frelon attaque en groupe, et sa piqûre est plus violente que celle d’une abeille, puisqu’il injecte deux fois plus de venin et davantage en profondeur dans l’épiderme. Toutefois, il n’est pas mortel pour autant, c’est la réaction allergique qui peut être mortelle.

Que sait-on du cycle de reproduction du frelon asiatique?

Sa période d’accouplement a lieu en ce moment. Un nid fabrique entre 100 et 150 fondatrices, celles qui se sont accouplées vont le quitter  d’ici un mois, se cacher durant tout l’hiver, et se réactiver en mars pour fabriquer un nid primaire et commencer à engendrer  la génération suivante, qui va l’aider à augmenter la taille du nid.