«Nous connaissons toujours mal le phylloxéra de la vigne»

INTERVIEW A l'occasion d'un colloque international à Bordeaux sur le phylloxéra de la vigne, deux scientifiques de l'Inra Aquitaine font le point sur les recherches autour de ce parasite très résistant...

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Nathalie Ollat et Louis Bordenave, scientifiques à l'Inra Bordeaux, devant une parcelle atteinte de phylloxéra
Nathalie Ollat et Louis Bordenave, scientifiques à l'Inra Bordeaux, devant une parcelle atteinte de phylloxéra — S.ORTOLA/20MINUTES

L’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV) de Villenave d’Ornon, près de Bordeaux, accueille la 6ème rencontre internationale sur le phylloxéra de la vigne, à partir de mercredi. Cinquante scientifiques en provenance d’une dizaine de pays échangeront pendant trois jours sur les avancées des connaissances sur ce parasite, particulièrement dommageable pour la culture de la vigne. Organisateur de l’événement, l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) de Bordeaux Aquitaine est le seul à poursuivre des études sur le phylloxéra en France. Nathalie Ollat, ingénieure de recherche, généticienne spécialisée sur les porte-greffes de la vigne, et Louis Bordenave, assistant-ingénieur, responsable de la mise en œuvre des tests d'évaluation phylloxéra, répondent aux questions de 20minutes.

Quand est apparu le phylloxéra?

Louis Bordenave: En Europe, on le rencontre pour la première fois en 1864, dans le Sud-Est de la France, à Roquemaure. A partir de là il s’est développé très rapidement, notamment autour de Bordeaux, à Floirac. On suppose qu’il a été introduit via l’importation de matériel végétal en provenance des Etats-Unis, qui était censé lutter contre une autre maladie, l’oïdium.

Comment se développe la maladie et quelles sont ses conséquences?

Louis Bordenave : Le phylloxéra est un puceron, dont la ponte se transforme en individus mobiles en quelques heures. Ceux-ci peuvent se développer en un cycle aérien, c’est-à-dire sur les feuilles (gallicole), ou souterrain (radicicole), c’est-à-dire sur les racines. C’est la grande force de cette espèce, qui s’est très bien adaptée aux vignes européennes, provoquant d’importantes destructions, alors qu’aux Etats-Unis, les plantes se sont finalement adaptées. C’est la forme qui se développe sur les racines qui est la plus grave, car du coup, la racine n’arrive plus à remplir ses fonctions, comme pomper l’eau. Résultat, les vignes dépérissent. Au 19ème,cela a provoqué la disparition de certains cépages, comme en Dordogne.

Nathalie Ollat : La survie du vignoble californien, région des Etats-Unis où il y a le plus de vignes européennes, a également été sérieusement menacée au début des années 1990, après une nouvelle attaque de phylloxéra. Le problème reste donc entier.

La réponse apportée à cette maladie, a été le greffage de vignes sur d’autres vignes, pour les rendre plus résistantes. Cette réponse est-elle toujours satisfaisante?

Nathalie Ollat: Oui. On n’a toujours pas trouvé mieux que cette technique mise au point au 19ème siècle. Cela ne permet pas d’éradiquer le phylloxéra, et je pense qu’il est illusoire de penser qu’on l’éradiquera un jour, mais de le contrôler. Cela dit, il faut poursuivre les recherches. Tout d’abord, parce que nous connaissons toujours mal cette espèce. On ne sait pas, par exemple, comment se passe le cycle de passage des feuilles à la racine. Ensuite, dans un contexte de changement climatique où les choses évoluent très vite, il y a un risque d’apparition de nouvelles souches de phylloxéra plus agressives. Nous ne pouvons donc pas considérer que ce qui a été fait dans le passé est suffisant. Sans parler de vignes transgéniques, nos connaissances sur la génétique ont évolué, et peuvent s’avérer efficaces.

En France, ces recherches sont menées à Bordeaux?

Nathalie Ollat: Oui. Dans les années 1990 il y a eu une restructuration de la recherche sur la vigne en France, et il a été décidé que Bordeaux continuerait de travailler sur ce sujet là. Nous avons donc initié un nouveau départ sur la recherche concernant le phylloxéra, qui avait été un temps abandonnée en France. C’est important, car il ne faut pas perdre cette compétence sur l’insecte.

Existe-t-il d'autres formes de lutte contre le phylloxéra?

Nathalie Ollat: Des chercheurs hongrois présenteront lors des rencontres scientifiques à l'Institut de la vigne, les résultats de recherche sur certains insecticides  contre le phylloxéra. Mais nous ne sommes pas dans la quête d'un traitement à l'insecticide, alors que des solutions naturelles ont fait leurs preuves jusqu'à présent.