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Bordeaux

Le chemin de croix de la réconciliation

Deux mois après la main tendue du pape Benoit XVI aux traditionalistes de Saint-Eloi, leur statut vis-à-vis du diocèse de Bordeaux n'est pas réglé

Pas facile d'oublier les divergences du passé, même au sein de l'Eglise. Près de deux mois après la main tendue du pape Benoit XVI aux traditionalistes de Saint-Eloi, leur statut vis-à-vis du diocèse de Bordeaux n'est toujours pas réglé. Erigé par le pape et dirigé par l'abbé Philippe Laguérie, l'Institut du Bon Pasteur – autorisé à suivre une liturgie antérieure à Vatican II (1962-1965) – ne dépend que de Rome pour son fonctionnement interne. Mais sa constitution en « paroisse personnelle » nécessite une convention avec le diocèse. « C'est seulement à partir de cet accord que l'église Saint-Eloi pourra être mise – pour un temps – à disposition de cette paroisse personnelle », expliquait début octobre le cardinal-évêque de Bordeaux, Jean-Pierre Ricard. « Il n'y a aucune raison pour que les discussions n'aboutissent pas, affirme de son côté l'abbé Laguérie. J'ai même des contacts avec plusieurs évêques pour faire ordonner des prêtres dans le rite traditionnel. »

Le diocèse affiche, lui, un enthousiasme plus modéré. « Les premiers contacts ont été pris, explique le père Jean Rouet, vicaire général de Bordeaux. Mais il nous faut du temps pour trouver le bon point de départ. » Comme lui, d'autres prêtres et laïcs engagés dans la vie du diocèse ont exprimé leur « émotion ». Alors que la décision du Pape de tendre la main aux traditionalistes suscite l'émoi au sein de l'Eglise de France, Bordeaux semble cristalliser le débat. « On ne peut oublier la violence qui a marqué les relations des occupants de Saint-Eloi avec l'église diocésaine », a rappelé l'évêque. En guise de nouveau départ, il demande à Philippe Laguérie une lettre « de regrets et de communion à l'église qui l'accueille ». « Je veux bien exprimer cette communion, mais je ne vois pas pourquoi je regretterais d'avoir restauré Saint-Eloi et d'en avoir fait une belle église avec 700 fidèles », répond l'abbé.

Sophie Lemaire

Face à la réticence des évêques français, le pape Benoit XVI a décidé de repousser la publication du décret autorisant la messe en latin.