«Le vin peut être bon pour la santé»

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Interview de Serge Renaud et Dominique Lanzmann-Petithory, professeur et docteur spécialistes du «French paradox», en conférence, hier à la maison des vins de Beychac-et-Caillau.

 Est-ce important de défendre le vin, alors que s’ouvrent les Etats généraux de l’alcool et qu’un congrès sur l’alcoolisme vient de se tenir à Bordeaux ?
Serge Renaud : Je suis un peu le père du vin dans le monde [ses recherches sont à l’origine du «French paradox» – analyse selon laquelle les buveurs de vin présentent des risques de mortalité plus bas que les autres personnes atteintes de maladies cardio-vasculaires –, qui a aidé à populariser cette boisson dans le monde] et c’est normal que je vienne porter la bonne parole. Il faut défendre le vin. A dose très modérée, il a des effets protecteurs formidables, qui ont même été reconnus aux Etats-Unis.

Comment ce discours est-il perçu ?
S. R. : Beaucoup de Français ne supportent pas l’idée que le vin puisse être bon pour la santé. Mais peu à peu, l’ensemble des chercheurs l’admettent. Le Dr Lanzmann mène une étude à Nancy, pour déterminer ce paradoxe.

Comment faut-il boire pour être protégé ?
Dominique Lanzmann : Il faut boire de façon modérée et régulière. La manière anglo-saxonne est à proscrire, car au lieu de boire trois verres par jour, ils en boivent vingt-et-un le samedi soir ! C’est mauvais pour le cerveau, le coeur, le poids. Il ne faut jamais aller jusqu’à l’ivresse. Ensuite, la quantité adaptée dépend du gabarit, du métabolisme, de la génétique Pour l’homme, cela peut aller jusqu’à quatre verres par jour et pour la femme, deux verres. Mais on ne peut pas pour autant encourager les gens à boire, car certains peuvent devenir dépendants. C’est à chacun de voir avec son médecin. La notion de modération  ne veut ainsi rien dire pour un alcoolique, car s’il veut guérir, c’est zéro alcool. 

Comment procédez-vous pour étudier le French paradox ?
D.L. : Nous l’étudions depuis 1978 sur une population « neutre » de 100 000 personnes, dans la région de Nancy, qui n’est ni viticole, ni méditerranéenne, ni nordique. Tout le monde boit du vin, du manoeuvre au cadre supérieur... Cette étude a été lancée par le professeur Renaud en 1978. Elle concerne 45 000 hommes et 55 000 femmes, suivis par le centre de médecine préventive de Nancy. On étudie les causes de leur décès en fonction de leurs habitudes de consommation de boissons alcoolisées. L’étude était bloquée depuis six ans, faute de crédits, mais une subvention de l’Agence nationale de recherche nous a permis de la relancer en mars dernier. Nous devons finir la mise à jour la base de données et les premiers résultats devraient tomber en janvier 2007.

Comment sont perçus vos travaux dans le monde scientifique ?
S.R. : C’est un message délicat à faire passer. Beaucoup de gens ont encore du mal à accepter que le vin puisse avoir des effets protecteurs. Mais peu à peu, l’ensemble des chercheurs commence à admettre cette idée. Nous avons même touché des subventions pour poursuivre nos recherches.
D.L. : C’est important pour nous, car plusieurs publications scientifiques ont remis en cause récemment le French paradox. Selon nos détracteurs, les études menées au Danemark et à Toulouse montreraient que le régime alimentaire et la consommation de fruits et légumes est déterminante, et non le vin. Or, manifestement, c’est le vin qui protège. Un article paru il y a quelques jours dans la revue Nature le démontre une nouvelle fois. N’oublions pas que la femme française a le plus bas taux de diabète gras.

Que contient le vin de si bénéfique ?
D.L. : Les molécules appelées polyphénols, et notamment le resvératrol. En donnant du resvératrol à une souris qui mange 60% de graisses, elle vit aussi longtemps que les autres. Sans resvératrol, elle meurt beaucoup plus vite que ses congénères. Cette molécule a des effets anti-oxydants, anti-inflammatoires et anti-agrégants. Elle influe véritablement sur l’expression génétique du vieillissement.

Recueilli par M.G.