Hubert Montagner : «De la maltraitance organisée par les parents»

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Hubert Montagner, spécialiste bordelais de psychopathologie et auteur de L'arbre enfant (Odile Jacob).

Pourquoi fustigez-vous la semaine à quatre jours, très prisée des parents ?

Pour moi, c'est de la maltraitance organisée. Ce sont des parents « lobbyistes », qui ont vu dans ce système le moyen d'avoir un véritable week-end pour eux et l'ont instauré dans 25 % des écoles françaises. Ils se font plaisir sans se préoccuper du bien-être de leurs enfants.

Qu'est-ce qui, à vos yeux, est mauvais dans ce système ?

Il crée de fortes inégalités. D'un côté, chez les enfants favorisés, cela génère un empilement d'activités, ce qui est source de stress pour eux. Pour les autres, qui connaissent des difficultés sociales et familiales, cette organisation est réellement néfaste. Ainsi, comme ils ne partent pas en week-end, ils restent plus longtemps dans ce marasme. De plus, l'immense majorité des communes n'a pas mis en place de structures pour les accueillir le samedi matin.

N'estimez-vous pas que c'est au moins une bonne chose pour les parents divorcés ?

C'est vrai qu'ils aiment profiter de leurs enfants pleinement pendant deux jours, mais ce qui compte, c'est la qualité du temps passé et non la quantité. Malheureusement, entre les parents c'est souvent la surenchère. Ils ont donc tendance à empiler des dizaines d'activités. Et le lundi matin, leurs bambins arrivent épuisés. C'est ahurissant !

Que pensez-vous de l'organisation de la journée scolaire ?

Il faut totalement la repenser afin de la réduire. La France est le pays qui impose la journée scolaire la plus longue. Six heures de cours contraints par jour, c'est trop ! Il est totalement stupide d'imposer la même journée à des enfants de 3 ans qu'à leurs aînés de 10-11 ans. Par ailleurs, on ne tient pas compte des moments de vigilance de l'enfant. Ils ne sont pas concentrés de la même façon en milieu de matinée qu'après 15 h. En plus, désormais, les enseignants font inconsciemment en quatre jours ce qu'ils faisaient auparavant en quatre jours et demi.

Que préconisez-vous donc ?

Je souhaite un système fondé sur l'enfant et son devenir. Il faut repenser l'organisation de la journée, la réduire en fonction de l'âge et faire coïncider les plages pédagogiques avec les moments où la vigilance et la disponibilité sont au maximum. Par ailleurs, certaines vacances sont raccourcies à cause de la semaine de quatre jours alors qu'il faut deux semaines consécutives pour vraiment se reposer.

Pourquoi estimez-vous que les structures pour les jeunes enfants sont aussi inadaptées ?

Malheureusement, si les personnels font preuve de compétence et de bonne volonté, les politiques ignorent la petite enfance. Il faudrait enfin une politique ambitieuse en matière de structures et d'éducation, car aujourd'hui, elle maltraite les enfants.

Recueilli par Sophie d'Ambra