De nouvelles découvertes archéologiques en Aquitaine

SCIENCES De récentes fouilles et l'analyse de fossiles au musée d’Aquitaine de Bordeaux, ont permis de faire évoluer les connaissances des scientifiques sur les us et coutumes des hommes vivant durant la période gauloise et des hommes préhistoriques...

Mickaël Bosredon

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Illustration de La Préhistoire, d'Antoine Balzeau et Sophie Archambault de Beaune.
Illustration de La Préhistoire, d'Antoine Balzeau et Sophie Archambault de Beaune. — OLIVIER-MARC NADEL

A l’occasion de l’inauguration des nouvelles salles de préhistoire et de protohistoire du musée d'Aquitaine, ce mercredi, Vincent Mistrot, chargé de ces collections, fait le point sur les récentes découvertes archéologiques en Aquitaine.

Un trésor sous le chantier de la Ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux. Les fouilles archéologiques réalisées en amont des travaux de la LGV Tours-Bordeaux, ont révélé quelques quatre-vingt-dix sites archéologiques, remontant à différentes périodes. Parmi eux, il a été mis au jour un village du Moyen-Âge près de Poitiers, un souterrain refuge du Moyen-Âge, un cimetière mérovingien et des villages du Néolithique. Ces découvertes feront l’objet d’expositions aux musées de Tours, Poitiers et Angoulême, à partir de 2015, et une synthèse sera proposée au musée d’Aquitaine de Bordeaux en juin 2017, au moment de l’inauguration de la LGV. «Ce sera une très grande exposition sur 800 mètres carrés, laquelle sera financée en grande partie par le constructeur de la ligne, Lisea», indique Vincent Mistrot.

Le village de Lacoste, un important pôle commercial. Découvert en 1954, ce village situé au sud de Castillon-la-Bataille date de 450 ans avant J.-C. Des fouilles plus poussées ont été réalisées en 2007-2008, et les conclusions montrent qu’il s’agissait d’une grande place commerciale, à la frontière de plusieurs peuples. «C’est le seul village de cette période qui a été fouillé de manière exhaustive, soutient Vincent Mistrot. Nous en avons appris beaucoup sur les techniques de production des forgerons et potiers, et sur les échanges commerciaux. Lacoste faisait venir des poteries d’Italie, de Grèce et de Catalogne, et des matières premières d’Angleterre et de la mer Baltique, qui étaient ensuite redistribuées dans tout le nord de l’Aquitaine.»

Cro-Magnon et ses colliers de coquillages méditerranéens. Parmi les huit squelettes découverts dans la grotte de Cro-Magnon, l’un d’eux, dit «le vieillard», portait plusieurs colliers de coquillages, «ce qui laisse supposer que c’était un personnage très important». «Nous sommes en mesure d’affirmer aujourd’hui que ces coquillages provenaient de Méditerranée, révèle Vincent Mistrot. Cela implique que ce groupe se déplaçait sur de longues distances ou, plus probablement, qu’il s’est produit des échanges d’objets entre groupes qui se rencontraient.»

La chasse au mammouth remise en cause. Les dernières fouilles ont permis de trouver de nombreux fragments d’ivoire de mammouth. «Aucun d’entre eux ne porte de traces de coups, ce qui nous fait penser que l’image d’Epinal de l’homme préhistorique chassant le mammouth, n’a peut-être jamais existé. Pour leurs ornements ou la fabrication des armes, ils se servaient peut-être simplement sur les ossements fossiles.»

Néandertal asphyxié par homo sapiens? Présent dans toute l’Europe entre -250.000 et  -28.000 ans avant J.C., l’homme de Néandertal s’est éteint «en très peu de temps en France: il était encore seul notre territoire vers -35.000, et en deux ou trois mille ans il a été rayé de la carte. Nous avons abandonné l’hypothèse que l’homme moderne l’a exterminé, pour privilégier celle d’une extinction naturelle, due au fait qu’homo sapiens faisait beaucoup plus d’enfants, et aurait pris en très peu de temps possession de ses territoires de chasse.» Néandertal aurait ainsi été peu à peu repoussé jusqu’au bout de l’Europe, avant de s’éteindre définitivement vers -28.000. L’homme de Néandertal était très présent dans la région, comme en attestent les douze tombes retrouvées en Dordogne, sur la vingtaine recensées en France. «La Dordogne était une zone refuge pour l’homme préhistorique quand il faisait froid» explique Vincent Mistrot.

Encore des découvertes à faire. Les plus vieux objets découverts en Aquitaine remontent à 600.000 ans avant J.C. «Or, en Languedoc, en Auvergne, en Espagne, on trouve des fossiles de 1,2 million voire 1,6 million d’années» relève Vincent Mistrot, qui pense donc qu’il reste «encore des grottes à découvrir.» «La Dordogne recèle encore un gros potentiel, mais on peut supposer que les principales grottes y ont déjà été mises au jour, c’est pourquoi je mise davantage sur le Lot-et-Garonne, les Pyrénées, et la Gironde pour effectuer ces découvertes.» Le chantier de la LGV Sud-Ouest, entre Bordeaux et Toulouse, et Bordeaux et Hendaye, s’il se réalise, pourrait révéler de nouveaux trésors.

>>> A lire également, l'interview de l'archéologue de l'Inrap du Sud-Ouest, Christophe Siveix