«Smurfit n'est pas une verrue écologique»

JUSTICE La société a été poursuivie devant le tribunal correctionnel, lundi, pour répondre de la pollution de cours d'eaux suite au déversement de liqueur noire, une substance à base de soude utilisée par les papetiers. ..

Elsa Provenzano

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Environ 200 kg de poissons morts ont été ramassés dans la Leyre le 10 juillet après une pollution d'usine
Environ 200 kg de poissons morts ont été ramassés dans la Leyre le 10 juillet après une pollution d'usine — S.ORTOLA/20MINUTES

«Un tsunami de liqueur noire, avec des vagues de 10 à 15 mètres  », c’est ainsi que le procureur décrit l’accident industriel qui s’est déroulé le 5 juillet 2012 dans l’usine Smurfit Kappa de Facture- Biganos. Malgré les sacs de sable positionnés par les salariés, la liqueur noire va atteindre le Lacanau puis la Leyre. Environ 100 m3 auraient été déversés dans les cours d’eaux selon la société Smurfit et trois fois plus si on en croit les associations environnementales. Si quelque 300 kilos de poissons morts ont été repêchés dans la Leyre dans les jours qui ont suivi la rupture de la cuve, la pollution est difficilement démontrable au-delà du delta de la Leyre.

«Un accident prévu et prévisible»

L’usine a l’habitude de gérer des matériaux lourds mais elle mais elle est classée  IPPC [Integrated Pollution Prevention and Control) plutôt que Seveso, qui identifie des sites industriels présentant des risques majeurs.  La vétusté, le mauvais état des installations et un taux de remplissage trop important de la cuve sont responsables de l’accident, selon les parties civiles (associations environnementales, comité régional conchylicole et comité local des pêches). «C’était un accident prévu et prévisible. Que fait une usine  lourde si près d’une zone si précieuse ?», tonne François Ruffié, avocat des ostréiculteurs et pêcheurs. Pour lui l’exploitant était au courant du risque environnemental et n’a pas prêté attention aux alertes émises depuis 2008 par la société Dekra qui faisait des visites régulières sur le site. Pour la société papetière, aucun élément nouveau depuis 2008 ne justifiait la prise en compte de cet avis d’expert.  

Environ 1,3 million d’euros de dommages et intérêts

Au cours de sa plaidoirie, il rappelle que la liqueur a tué des poissons parmi lesquels des anguilles encadrées par un programme européen de repeuplement. Les ostréiculteurs ont dû, eux, reconquérir  la confiance des consommateurs. Au total, les parties civiles demandent environ 1,3 millions d’euros de dommages et intérêts. «Ce n’est que si ça coûte cher que cela ne se renouvellera pas», justifie l’avocat.«Dans ce dossier l’Etat ne fait pas son boulot puisque la direction régionale de l’environnement ( DREAL)  a autorisé le déversement dans le Bassin d’Arcachon de 50 000 m3 d’eaux polluées diluées». Laurent Sellier, président de la société Smurfit réagit : « il y a eu des traitements et le rejet final est conforme».

«Aucun manquement à une obligation légale»

Les trois experts sollicités sur ce dossier sont d’accord pour dire qu’il n’y a pas eu d’intervention extérieure sur la cuve. En clair, l’acte de malveillance ne fait pas partie des hypothèses retenues.  L’origine de l’éventration reste encore floue. «  Je ne m’explique pas la violence de la rupture qui est très verticale », lance Laurent Sellier, président de Smurfit, qui se défend en s’appuyant sur l’un des rapports d’experts qui montre que l’épaisseur du métal était suffisante pour contenir la liqueur. 

L’avocat de la société , François Drageon , souligne que l’installation est sous contrôle permanent : «Le dossier est monté sur le préjugé d’une imprudence, d’ une négligence or l’exploitant n’a manqué à aucune obligation légale et des investissements sont réalisés depuis trois ans pour améliorer le site. Smurfit Kappa n’est pas une verrue écologique !».

Le procureur a requis 40 000 euros, une somme bien en deçà de la demande des parties civiles, car  Smurfit, qui emploie 400 salariés, a déjà dû fermer pendant sept semaines après l’accident. Et le procureur n’a pas le sentiment d’avoir affaire à des «  patrons voyous ». Le jugement a été mis en délibéré au 2 septembre.