En Gironde, les viticulteurs devraient renoncer à l'épandage aérien de pesticides

METEO Une dérogation exceptionnelle leur a été accordée par la préfecture. Mais les domaines concernés devraient pouvoir s'en passer...

Mickaël Bosredon

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Un viticulteur de Bordeaux dans ses vignes.
Un viticulteur de Bordeaux dans ses vignes. — SIPA

Une autorisation exceptionnelle de réaliser des épandages aériens de pesticides a été délivrée, lundi et ce mardi, par la préfecture de Gironde à six domaines viticoles du département. Parmi eux, le domaine de Chevalier, à Léognan. Rémi Hedange, directeur-adjoint, cherche dans sa mémoire. «La dernière fois que nous y avons eu recours, cela doit remonter à 1992…»

Contactés par 20Minutes, les Château Grand Corbin Despagne et Château Ripeau à Saint-Emilion ont précisé qu’ils ne devraient, eux non plus, pas avoir recours à cette technique, interdite depuis 2009. Trois autres châteaux ont obtenu l'acord de la préfecture ce mardi: Carbonnieux et Haut-Bailly à Léognan, et les vignobles Boidron à Libourne.

Cette technique est régulièrement dénoncée par les associations environnementales. «C'est incroyable que l'on donne ce type d'autorisations, dénonce Stéphane Saubusse, secrétaire régional Europe-Ecologie Les Verts, en particulier dans la viticulture. L'utilisation de pesticides est condamnable, mais encore plus quand il est réalisé par voie aérienne, car selon le temps, les vents, cela peut asperger des zones habitées.»

EELV devrait organiser une manifestation à la fin de cette semaine devant la préfecture pour demander l'arrêt de ces dérogations. «Nous avions déjà manifesté l'an dernier dans les Landes, pour dénoncer ces mêmes dérogations dans le maïs», rappelle Stéphane Saubusse.

La préfecture indique qu’une dizaine d’autres demandes de dérogation sont en cours d’instruction.

«La situation était très inquiétante»

«Les demandes de dérogation ont été faites la semaine passée, indique Rémi Hedange. La situation pluviométrique était très inquiétante, et on commençait à ne plus pouvoir passer sur certaines parcelles avec les tracteurs. Il y avait un vrai risque de rester embourbé, alors que cette pluie abondante nécessite un traitement contre le mildiou et l’oïdium. Il fallait anticiper, c’est pourquoi nous avons déposé cette demande.»

Avec le retour, timide, du soleil depuis le début de la semaine, le directeur-adjoint pense qu’il devrait pouvoir se passer du recours à l’hélicoptère pour traiter sa vigne. «La dérogation court jusqu’au 28 juin, et les conditions météo semblent s’améliorer d’ici là. Aujourd’hui nous passons sur environ 80% de la vigne, cela devrait donc aller.»

Retard de floraison

Il n’empêche que la «situation reste exceptionnelle», note Rémi Hedange, qui relève qu’il est «tombé 1,10 mètre d’eau depuis le 19 octobre, quand la moyenne est de 0,8 litre par an.» Conséquence: la floraison a «entre 15 et 18 jours de retard.» Impossible de savoir, à cette date, quels seront les effets sur la récolte, si ce n’est qu’elle pourrait être tardive. « Mais cela, on sait faire. En 2008 nous avions récolté le 28 octobre», rappelle le professionnel.