Gros coup de barre pour les robes noires

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« Les bavards en ont marre », indiquait l'unique pancarte brandie hier au tribunal de Bordeaux par les avocats en colère. Sobres jusque dans leurs indignations, ils étaient tout de même trois cents à répondre à l'appel à mobilisation lancé par le barreau de Bordeaux et les syndicats dans le cadre d'une semaine nationale d'action. Par la voix de leur bâtonnier, Manuel Ducasse, ils ont réclamé « une rétribution décente pour l'exercice de la mission de service public » que constitue l'aide juridictionnelle. Attribuée aux justiciables les plus nécessiteux, elle s'adosse sur un barème de tarifs fixes que les avocats jugent largement insuffisants pour couvrir leurs charges. A Bordeaux, ils ont eu à traiter l'an dernier 20 000 dossiers, un chiffre en hausse de 15 %. « On attend encore le rattrapage promis en 2003, explique le bâtonnier. Les plafonds d'attribution ont été révisés, il y a plus de dossiers à traiter, mais de nombreux cabinets vont avoir du mal à faire face. » Ce sont surtout les jeunes avocats qui trinquent : sans clientèle propre, ils ne peuvent se permettre de refuser l'aide juridictionnelle. « Cela représente 80 % de mes affaires personnelles », témoigne Hélène Orgé, un an et demi d'expérience, collaboratrice dans un cabinet. Une étape obligatoire avant d'espérer « poser sa plaque ». « Une affaire correctionnelle sera payée 175 e par l'aide juridictionnelle, quel que soit le temps qu'on y passe, alors qu'un avocat prend 600 à 700 e par jour d'audience », explique Anabelle Roy, présidente de l'Union des jeunes avocats de Bordeaux. Les plus pauvres doivent-ils se résoudre à n'être défendus que par des débutants ? « Des cabinets refusent désormais ces dossiers, poursuit-elle. C'est tout le système qu'il faut repenser. »

Sophie Lemaire

En dessous d'un certain plafond de revenus, tout justiciable peut bénéficier de l'aide juridictionnelle. L'Etat paye à sa place tout ou partie de ses frais de justice, comme un avocat, selon des tarifs prédéterminés.