Didier Lapeyronnie: "Il faut considérer cette émeute comme un mode d’action politique"

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Suite de l’Interview de Didier Lapeyronnie – Sociologue à l’université de Bordeaux-II

Vous avez déjà souligné que ces émeutes n’étaient pas des violences urbaines, mais un signe politique.

Oui, de la même façon qu’on n’interprète pas la prise de la Bastille comme de la violence urbaine. Et puis, quand on regarde ce qu’il s’est passé, ces émeutes ont été extrêmement contrôlées, les armes n’ont pas été utilisés. La violence n’a pas dépassé un certain dégré : on brûle les voitures, pas les gens. Par ailleurs, les gens n’étaient pas dans des logiques délinquantes d’appropriation, mais dans des logiques de destruction et de révolte. Il faut considérer cette émeute comme un mode d’action politique.Dans tous les pays, il y a toujours des émeutes quand une population n’accède pas à l’espace politique.

Quelles sont les pistes à explorer pour remédier à cette situation ?

Il est naïf de penser qu’on peut résoudre les problèmes sociaux uniquement par des leçons de morale ou par la répression. Le problème est de redonner une légitimité à la répression et au-delà aux institutions pour les rendre efficaces.

Avez-vous vu des quartiers où la mixité sociale joue un véritable rôle ?

La mixité sociale, ça n’a pas de sens en soi. Ce qui fait la différence pour les gens c’est d’avoir le sentiment d’être incorporés à la vie de la cité. À Marseille, par exemple, les quartiers Nord n’illustrent pas la mixité sociale, mais ils sont à l’intérieur de la ville et les habitants de ce secteur ont le sentiment de lui appartenir. Quand les gens ne sont plus reconnus comme des participants ou des acteurs, ça crée des difficultés.

Recueilli par Orianne Dupont