Solitaire du Figaro: Pour Nicolas Lunven, «la voile reste un sport cérébral»

Marc Nouaux

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Nicolas Lunven fait partie de la longue liste des favoris de la Solitaire du Figaro qui s'élancera des quais de Bordeaux samedi.
Nicolas Lunven fait partie de la longue liste des favoris de la Solitaire du Figaro qui s'élancera des quais de Bordeaux samedi. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

A 30 ans, Nicolas Lunven fait partie de la nouvelle vague des skippers, à l’image de son ancien colocataire et récent vainqueur du Vendée Globe, François Gabart. Le Breton s’apprête à participer à sa septième Solitaire du Figaro qui partira samedi de Bordeaux. Vainqueur en 2009, il livre son regard de jeune coureur sur l’édition 2013 qui sera très relevée et plus généralement sur son sport.

C’est une année particulière avec cinq anciens vainqueurs (Desjoyaux, Beyou, Le Cleach, Elies et lui)…

C’est un plateau fantastique. Il n’y a pas forcément de hiérarchie car le niveau est très homogène. Environ quinze coureurs peuvent prétendre à la victoire finale. Il est très difficile de faire des pronostics de résultat. Ca va se jouer à pas grand-chose. La course sera passionnante à vivre à terre mais pour nous, elle sera très stressante. Il y a de quoi se faire pousser des cheveux blancs… ou dans mon cas de se faire tomber les cheveux [Rires].

En voile, c’est en gagnant que l’on obtient la reconnaissance ou pas seulement ?

Il y a aussi la manière. La voile est un sport complexe à comprendre et à pratiquer car c’est un sport mécanique. Ici, c’est une course solitaire, on prend donc en compte la capacité à gérer la course et le bateau tout seul. Il y a l’art et la manière de gagner. Certains ne gagnent pas mais ont une manière de naviguer extraordinaire. Après, pour la reconnaissance de l’ensemble d’un milieu, pour la reconnaissance médiatique, c’est vrai qu’il faut gagner.

A titre personnel, après plus de six ans sur le circuit, vous vous sentez comme parfaitement intégré malgré votre jeunesse ?

Je me sens comme un habitué. Je suis en confiance dans ma manière de me préparer. Je connais bien mon bateau, je me sens à l’aise avec mais je ne suis à l’abri de rien.

Votre ami, François Gabart, a gagné le Vendée Globe. Cela montre qu’une nouvelle génération émerge ?

Oui, ça nous donne du crédit, mais surtout à lui. Par rapport aux médias, à la publicité et à titre personnel, ça l’a transcendé. Après, même avec les plus vieux, on a les mêmes centres d’entraînement, on se croise souvent. Les plus âgés nous voient arriver depuis un moment.

Justement, il y a parfois trente ans de différence entre certains skippers sur une course. Y a-t-il une manière de naviguer différente en fonction des générations ?

Justement, non. Je dirais que c’est plutôt l’inverse. Déjà, on a un point commun, c’est la passion, peu importe l’âge. Je pense à Jean Le Cam (54 ans), avec qui j’ai navigué. Lui, il a commencé, je n’étais pas né. Mais il n’y a pas un grand écart dans sa manière de faire. L’ancienne génération n’avait pas les mêmes outils que nous mais ils ont su s’adapter à l’arrivée des GPS. Pareil pour Michel Desjoyaux (47 ans) ou Loïc Perron (53 ans). Forcément, qu’ils sont un peu différents aujourd’hui car ils ont plus d’expérience et de maturité. Mais en termes de pratique, c’est le même fond de jeu.

En vieillissant, on perd en condition physique. Ce n’est pas préjudiciable pour la course au large ?

Il faut un minimum de bonne condition physique, certes. Mais contrairement aux apparences, la voile reste un sport cérébral. Je n’ai pas dit un sport intellectuel, attention. On doit surtout être bon dans l’anticipation et la lecture de la cartographie et de la météo. Il faut être en bonne condition mais relativisons. Les voiles ne sont pas si lourdes, les bateaux ne sont pas très grands… Ce n’est pas avec le diamètre de ses biceps que l’on gagne une course.