A Bordeaux, une artisane du recyclage

PORTRAIT Nathalie Kaïd donne une seconde vie aux objets...

Mickaël Bosredon

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Nathalie Kaïd, dans son atelier d'Eco solidaire, à Bordeaux
Nathalie Kaïd, dans son atelier d'Eco solidaire, à Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

Nathalie Kaïd n’est pas une écologiste convaincue. Plutôt une artiste engagée. «Il y a une face de l’écologie qui m’agace, c’est celle qui cherche à traumatiser les gens. Je ne suis pas une militante engagée, ce qui m’intéresse, c’est le global.» Nathalie Kaïd a notamment une fine perception de la valeur des choses. Charentaise d’origine, elle a «été élevée à la campagne». «Chez moi, on ne jetait presque rien, on recyclait.» Aujourd’hui encore, lorsqu’on lui amène des objets à la recyclerie qu’elle a ouverte en septembre 2012 derrière les Bassins à flot, elle voit «tout de suite à quoi ils peuvent servir.»

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«J’ai toujours aimé le côté troc»

L’ouverture de l’atelier d’Eco Solidaire, c’est l’aboutissement d’une carrière consacrée au recyclage. Photographe de formation, elle s’est rapidement orientée vers le milieu des loisirs créatifs. «On était dans les années 1980, on ne parlait pas encore d’écologie. Les gens bidouillaient les objets, et souvent ils jetaient ce qu’ils faisaient. Cela m’agaçait déjà.»

Arrivée à Bordeaux, il y a dix-neuf ans, elle lance alors avec son mari un magazine dédié aux techniques de transformation des objets. «J’ai appris auprès de professionnels de la métallurgie, du bois… En échange je leur créais des books. J’ai toujours aimé également le côté troc. » Nathalie Kaïd investit le milieu associatif. Intervient dans les écoles, les collèges, pour faire partager ses connaissances. Puis ouvre sa première recyclerie, dans le quartier du Grand Parc. «Un quartier dans lequel on donne depuis quelques mois des cours de transformation des objets aux habitants.»

Des fûts de bière en luminaires

Les collectes s’amassent. Il faut voir plus grand. La Communauté urbaine de Bordeaux, intéressée par la démarche, lui trouve cet entrepôt aux Bassins à flot. «Sur le premier trimestre de l’année, on a déjà collecté 20 tonnes d’objets destinés à la déchetterie.» Des caisses de vin deviennent des bibliothèques. Des fûts de bière des luminaires. Les objets sont ensuite revendus, «à un juste coût.»

Dix créateurs, une quinzaine de bénévoles, essentiellement des retraitées, cinq stagiaires, travaillent sur le site, créé en forme d'association, et se partagent la tâche. «Il y a un un côté intergénérationnel, et insertion de jeunes exclus du système scolaire, dans ma démarche», souligne Nathalie Kaïd. «Le développement durable, c’est aussi de l’humain», insiste-t-elle.