Instants d'audiences au lycée professionnel

©2006 20 minutes

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Le dialogue se poursuit au pied des barres. Jusqu'à mi-décembre, 20 Minutes va suivre les échanges entre auditeurs de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) de Bordeaux et élèves du lycée professionnel Jacques-Brel. Par ces rencontres ponctuelles, qui traitent de questions relatives à la justice, les deux univers cherchent à s'enrichir mutuellement. La première séance, un débat ouvert sur le fonctionnement du système judiciaire, a eu lieu il y a quinze jours, dans une classe d'élèves de terminale bac pro électrotechnique (édition du 28 septembre). Hier matin, le même groupe s'est penché sur la notion de loi. Afin de rendre l'atelier plus vivant, deux futures magistrates avaient apporté le DVD du documentaire 10e chambre, réalisé par Raymond Depardon au sein du tribunal correctionnel de Paris. Il s'agissait de montrer aux lycéens comment s'applique la loi, en attendant d'assister à une véritable audience, à la fin du mois. Volontiers moqueurs envers les prévenus, parfois stressés ou confus dans leurs propos, les jeunes n'en restent pas moins scotchés à l'écran. Harcèlement, violences conjugales, deal de cannabis, conduite en état d'ivresse... A la fin de chaque extrait, des questions-réponses avec les auditrices permettent aux élèves de commenter. « Elle n'avait qu'à changer de numéro de téléphone », observe un lycéen au sujet d'une jeune femme victime de harcèlement. « C'est plutôt à la personne qui harcèle de faire en sorte d'arrêter », répond une auditrice.

Les avocats sont également passés au crible par les jeunes, persuadés que la décision du juge est influencée par leur prestation et leur réputation. « Un avocat, même s'il est très bon, ne rendra jamais quelqu'un innocent s'il ne l'est pas », dément une future magistrate. Quant aux peines prononcées, elles font souvent débat. « Pourquoi le dealer de cannabis prend six mois de prison ferme alors que celui qui tape sa copine n'a que du sursis ? », s'étonne un élève. « Le dealer en est à sa troisième récidive, explique une auditrice. Et la prison, c'est le dernier recours. » « C'est plutôt qu'il n'y a pas de place ! », souffle un lycéen.

Marion Guillot