Au camp de Souge, l'innovation au service des forces spéciales

ARMEE Le salon européen des forces spéciales vient de s'ouvrir au camp de Souge, en Gironde. Caméras thermiques, drones, simulateurs 3D… Plusieurs entreprises présentent aux militaires leurs dernières innovations...

Mickaël Bosredon

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Le drone Scan-Copter, de l'entreprise Fly-n-Sense, en intervention sur un feu de forêt dans les Landes
Le drone Scan-Copter, de l'entreprise Fly-n-Sense, en intervention sur un feu de forêt dans les Landes — DR/FLY-N-SENSE

Certains sont là pour nouer un premier contact, se faire connaître. D’autres espèrent décrocher un marché. Depuis mardi, le salon des forces spéciales Sofin, au camp de Souge à Martignas-sur-Jalle, réunit une centaine d’entreprises et laboratoires innovants, venus présenter leurs nouveautés aux responsables des forces spéciales françaises.

Derrière les gros industriels du secteur, plusieurs TPE et PME, notamment régionales, invitées par le conseil régional d’Aquitaine. Jean-Pascal Caumes, président de la toute nouvelle entreprise mérignacaise Nethis, est venu présenter sa technologie de «vision à travers les portes.» «Grâce à une caméra thermique, et à la technique du rayonnement terahertz et millimétrique, nous avons développé une caméra capable de détecter des objets derrière un obstacle, qu’il soit en bois, en plaque de plâtre, ou en béton» explique Jean-Pascal Caumes. «Cette technologie est similaire à celle employée par les rayons X, mais sans les contraintes de santé et les normes d’irradiation.» Selon la densité de la paroi, cette caméra peut détecter une forme à une distance allant de quelques centimètres à quelques mètres. «Il n’y a que le métal, et le corps humain, qu’elle ne traverse pas.» Les applications de cette technologie servent pour l’instant essentiellement l’industrie. «Mais on imagine très bien ce que l’armée, et particulièrement les forces spéciales, pourrait en faire. En cas de prise d’otage notamment.»

Nethis s’est installée au sein de la technopole Bordeaux Technowest le 1er avril. Soutenue par la région Aquitaine, la fondation EADS et Oseo, cette TPE de trois salariés vise un chiffre d’affaires de 200.000€ en 2013.

«Nous pouvons modéliser en 3D n’importe quel bâtiment en quelques jours»

Un peu plus loin, l’entreprise Fly’n’Sense, également issue de Bordeaux Technowest, est venue, elle, rencontrer les militaires pour échanger sur les possibilités d’utilisation de ses drones sur le terrain. «Les pompiers des Landes se servent déjà de l’un de nos drones pour repérer les départs de feu, rappelle Christophe Mazel, directeur de l’entreprise. On est sur un type de produit tout à fait adapté aux forces spéciales. La technologie est mature, et les engins sont capables d’embarquer différents types de capteurs. Reste à voir quel type de services ils pourraient rendre.» A l’issue de la première matinée du salon, plusieurs responsables d’unités de forces spéciales se sont déjà montrés très intéressés par les drones de Fly-n-Sense. Des rendez-vous plus concrets étaient dans l’air.

Du concret, Jean-Michel Lopez, responsable de la société Techniques Effects à Pau, en a obtenu très rapidement. Un général de l’armée américaine lui a notamment demandé une démonstration approfondie de son logiciel de modélisation 3D. «Nous pouvons modéliser en quelques jours, n’importe quel type de bâtiment, à la demande, et envoyer la maquette 3D par 3G sur un réseau sécurisé» explique le technicien. Preuve à l’appui, il montre, sur son écran d’ordinateur, comment il peut embarquer le visiteur à l’intérieur de la ville de Brest, qu’il avait modélisé avec son équipe avant le salon. « Pour les forces spéciales, on peut imaginer modéliser une ambassade en cas d’opération d’exfiltration, ou une région un peu accidentée. S’appuyer sur une maquette avant une opération, peut leur permettre de la préparer au mieux.» Jean-Michel Lopez espère décrocher quelques contrats à l’issue du salon, jeudi. «C’est difficile d’être visible pour l’armée, quand on n’est qu’une TPE. Ce type de salon permet de nous montrer, et de montrer le savoir-faire de la technologie française» estime le chef d’entreprise.