Dénonciation de trafiquants sur Facebook: le président de l'association de riverains s'explique

SECURITE Une association vient de se créer à Bordeaux, appelant à photographier les dealers et consommateurs de drogue, et à publier les clichés sur Facebook...

Mickaël Bosredon

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Un des riveraisn de l'association qui appelle à la publication de photos de dealers sur Facebook
Un des riveraisn de l'association qui appelle à la publication de photos de dealers sur Facebook — S.ORTOLA/20MINUTES

Le phénomène ne concerne que quelques dizaines de mètres de trottoir, dans un carré situé entre la place Fernand-Lafargue et le cours Victor-Hugo. Mais les nuisances seraient telles, que des riverains se sont constitués en association, et ont placardé sur les murs de la rue des Boucheries et de la rue Saint-James des affiches, demandant explicitement de prendre en photos les «dealers» et consommateurs de drogues du quartier, et de poster les clichés sur Facebook.

Cette action a plus qu’étonné dans cette partie du centre-ville de Bordeaux. Des habitants se sont dits «choqués», comme Laurent, 27 ans, qui estime que «c’est de la délation», et que cela «ne résout rien au problème social qui se cache» derrière ce phénomène.

Mais pour Philippe Esselin, président de l’association Deal Safari à l’origine de cette initiative, «il s’agit de se réapproprier le quartier.» «Je suis arrivé en 1999, explique-t-il. Depuis dix ans, la présence des dealers est constante. Ils sont là, de 10h à 22h, parfois minuit, avec leur cour qui gravite autour et font les rabatteurs, et leurs clients. Nous avons alerté la police, mais elle est démunie face aux petites quantités de drogues qu’ils transportent. Car les dealers ont des planques un peu partout, et n’ont jamais grand-chose sur eux. » Les trafics porteraient essentiellement sur du Subutex, de la méthadone, et du cannabis.

«Montrer le trafic pour le faire cesser»

«Parfois ils se battent entre eux, poursuit Philippe Esselin, régulièrement ils urinent contre les portes, on est obligés de les pousser pour rentrer chez nous. Nous ne sommes pas des fachos, pas des extrémistes, mais à un moment, la patience a ses limites.» Vincent, un jeune commerçant arrivé il y a peu dans le quartier, a également rejoint l’association. Il ne supportait plus de voir les consommateurs de drogue «déféquer entre les voitures», et dénonce «les vitres brisées, les petits vols» générés par le trafic. «Plusieurs fois, on a essayé de tendre la main à ces gens. Mais le lendemain, ils ne se rappellent même pas de vous…»

Philippe Esselin avait déjà placardé des affiches il y a quelques années pour dénoncer les trafics dans sa rue. «Mais c’était fait de façon totalement artisanale.» Cette fois-ci, avec les habitués et le gérant du bar L’ours marin, ils ont décidé d’aller plus loin. «Nous avons fait un véritable teasing sur plusieurs semaines, et accolé des affiches dans tout le quartier.» Et ils ont décidé de se servir de Facebook pour «faire monter la sauce.»

«Le but n’est pas de faire de la délation, assure Jean-Christophe Cabut, le gérant du bar L’ours marin. D’ailleurs, les visages des gens pris en photos sont floutés. Mais c’est en montrant ce trafic qu’on le fera cesser.» «L’idée de ces affiches, poursuit Philippe Esselin, c’est de mettre un terme à la tranquillité du deal. Les trafiquants n’aiment pas qu’on les montre au grand jour.»

Les riverains sont «contents de leur coup»: «depuis plusieurs jours, nous ne voyons plus personne. Nous avons retrouvé notre tranquillité.» Le trafic, lui, ne s’est sans doute pas arrêté pour autant.