A Bordeaux, des riverains appellent à dénoncer les dealers sur Facebook

SOCIETE Excédés par les trafics, des riverains d'un quartier du centre, ont placardé des affiches appelant à photographier les «dealers», et à les poster sur Facebook...

Mickaël Bosredon

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Une des affiches placardée dans le quartier Saint-Paul de Bordeaux
Une des affiches placardée dans le quartier Saint-Paul de Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

Le «concours» Facebook lancé par des riverains du quartier Saint-Paul à Bordeaux depuis quelques jours, provoque de nombreuses réactions. Ils sont une vingtaine à avoir décidé de placarder des affiches sur les murs, où il est mentionné: «Prenez les dealers du quartier en photo, et publiez-les sur Facebook.» L'objectif : faire partir les trafiquants du quartier, annoncent les organisateurs.

L’appel, très sérieux, n’a suscité pour l’instant qu’une publication sur le réseau social. Mais le résultat escompté pour les riverains est au rendez-vous: «Nous n’avons plus un trafiquant depuis ce week-end», se réjouit Jean-Christophe Cabut, l’un des associés du bar L’ours marin, situé rue des Boucheries, et qui fait partie des riverains à l’origine du mouvement. Un mouvement qui a aujourd’hui un nom: Deal Safari, l’association créée il y a quelques jours.  

Cette opération a été construite comme une véritable opération de communication. Il y a trois semaines, de simples affiches uniquement illustrées d’appareils photos sont apparues dans le quartier. Elles ont été relayées il y a quelques jours par cet appel à la dénonciation.

«Problèmes quotidiens avec cette population en marge»

Dans le quartier, les réactions sont plutôt mitigées, voire franchement hostiles. «C’est le rôle de la police de s’occuper de ce genre de choses, pas des citoyens», estime un passant. «Pour moi, c’est tout simplement de la délation, surenchérit Laurent, 27 ans, un habitant du quartier. Il y a des problèmes d’alcoolisme et de drogue dans le quartier, on ne peut pas le nier. Mais bon, ce n’est pas le Bronx non plus. Personne n’est agressif. Et surtout, ce n’est pas avec ce genre d’initiatives que l’on règle le problème social qui se cache derrière.»

Le jeune homme est d’autant plus «choqué» qu’il se dit «un habitué du bar L’Ours Marin, où le patron se présente ouvertement comme adhérent du Front de Gauche. Or, ce type de pratique, cela ressemble plutôt à un truc d’extrême-droite.»

Jean-Christophe Cabut confirme son appartenance au Front de Gauche. «Et alors? Ce que nous avons fait avec les riverains, ce n’est pas de l’appel à la délation, mais à la dénonciation, les mots ont leur importance.» L'affiche précise d'ailleurs : «Les habitants du quartier sont fâchés, pas fachos.»

Le gérant du bar insiste sur les «problèmes quotidiens» qu’il rencontre avec «la population en marge du quartier. Nous avons essayé le dialogue avec eux, sans résultat, nous avons contacté la police à plusieurs reprises, mais elle est débordée. Que peut-on faire? Ces marginaux sont présents tous les soirs au bas de nos portes, où ils urinent régulièrement, et très souvent ils deviennent ingérables, agressifs… Il y a un mois j’ai dû en séparer deux qui se battaient à coups de tessons de bouteilles. On est obligés de s’excuser de rentrer chez nous. C’est devenu invivable. Alors, avec des voisins, on s’est demandé ce qui pouvait les faire partir, et on a trouvé cette solution.»

Jean-Christophe Cabut, qui insiste sur le fait de «ne pas être seul à l’origine de ce mouvement», est satisfait de ce «coup.» «Nous n’avons plus de problèmes depuis le week-end dernier, et les médias sont au rendez-vous. Nous ne sommes pas dupes, et nous savons qu'ils vont revenir. Mais nous recommencerons.»