Les stars de l'architecture investissent le vignoble bordelais

ARCHITECTURE Les travaux des chais du château La Dominique à Saint-Emilion sont en cours. Signés Jean Nouvel, ils répondent au bâtiment signé Christian de Portzamparc, livré il y a deux ans au château Cheval Blanc...

Mickaël Bosredon

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Le projet de rénovation des chais du château La Dominique, par l'architecte Jean Nouvel
Le projet de rénovation des chais du château La Dominique, par l'architecte Jean Nouvel — DR/LA DOMINIQUE

D’un côté, un bâtiment en forme de vague, signé Christian de Portzamparc. De l’autre, un bloc réalisé avec de longues plaques en inox rouge, rappelant la couleur  du vin, et habillé d'immenses baies vitrées, signé Jean Nouvel. Au milieu, quelques hectares d’un des vignobles les plus prestigieux au monde. A Saint-Emilion, château Cheval Blanc, premier grand cru classé A, et château La Dominique, grand cru classé, distants d’à peine deux cents mètres, ont fait appel à des stars de l’architecture pour la rénovation de leurs chais. «Quand Cheval Blanc a inauguré son bâtiment signé Christian de Portzamparc (prix Pritzker en 1994) en 2011, cela nous a donné des idées, raconte Yannick Evenou, vice-président des vignobles Fayat (propriétaire de La Dominique). Nous avons voulu répondre avec du beau et du qualitatif, et évidemment avec une autre grande signature.»

Jean Nouvel ayant travaillé avec Jean-Claude Fayat, président d’un important groupe de BTP, pour la réalisation du musée du quai Branly à Paris, «son nom s’est rapidement imposé.» Le prix Pritzker 2008 a ainsi été missionné pour réaliser, en plus des chais, un espace de dégustation et un restaurant avec terrasse. La livraison de l’ensemble est prévue pour 2013.

Pierre-Olivier Clouet, directeur technique à Cheval Blanc, propriété de Bernard Arnault, est satisfait de cette «émulation.» Mais il martèle que «le bâtiment de Christian de Portzamparc est plus un geste technique qu’un geste architectural:

Nous avions absolument besoin d’un nouveau chai avec une cinquantaine de cuves, une pour chaque parcelle de notre terroir, et il fallait qu’il s’intègre discrètement dans notre patrimoine 19ème siècle.»

Norman Foster chez Margaux

Ces deux prestigieux châteaux bordelais ne sont pas les premiers à faire appel à des stars de l’architecture. Le mouvement a démarré à la fin des années 1980, quand Lafite Rothschild, dans le Médoc, a fait appel à Ricardo Bofill. Puis il y eut Jean-Michel Wilmotte pour Cos d’Estournel, Mario Botta pour Faugères. Après s’être calmée, la tendance repart de plus belle, grâce notamment aux bons résultats financiers des grands domaines ces dernières années. Margaux vient ainsi de confier à Norman Foster, auteur du viaduc de Millau, la réalisation d’un nouveau chai et d’une vinothèque souterraine.

«Cela n’a rien d’une mode, estime Pierre-Olivier Clouet. Sur les 12.500 propriétés dans le Bordelais, quelques-unes ont besoin de rénover leurs structures. Certains propriétaires de grands crus étant amenés à évoluer dans le monde de l’art, il est assez normal qu’ils se tournent vers des architectes qui les ont émus.»  

Pour les propriétés, «cela coûte un peu plus cher», convient Yannick Evenou. En l’occurence, l’investissement est de dix millions d’euros pour La Dominique. «Mais en terme d’image et de notoriété, les retombées sont énormes.» Et pour le public, c’est un nouveau parcours de balades qui est en train de prendre forme au milieu des vignobles.