Les futurs juges discutent au pied des barres

©2006 20 minutes

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« Comment la justice arrive-t-elle à se tromper ? ». « Toute vérité est-elle bonne à dire ? » « Le juge peut-il être jugé ? » Quand des futurs magistrats rencontrent des lycéens, les questions fusent. Depuis la rentrée, le lycée professionnel Jacques-Brel de Lormont, situé au pied des tours de Génicart, sert de laboratoire à un échange d'expériences inédit. Jusqu'au mois de décembre, dix auditeurs [étudiants] volontaires de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) de Bordeaux interviennent dans les classes pour décrypter le monde de la justice. Mercredi, ils ont entraîné des terminales bac pro électrotechnique dans un débat sur le système judiciaire, alors qu'un autre groupe visionnait le documentaire de Raymond Depardon 10e chambre.

Le temps est minuté, mais l'exercice d'autant plus efficace : tandis que les auditeurs font de gros efforts de vulgarisation, les lycéens ravalent leur pudeur et témoignent. Ils racontent les contrôles de police, leur sentiment d'injustice face à des sanctions inadaptées ou le manque d'écoute de la part des juges. A travers ces échanges, deux univers cherchent à se comprendre. « On leur parle de la justice en essayant d'être accessible, sans la robe et sans représenter l'institution dans toute sa rigueur », précise Victoria Barigant, future avocate de 23 ans. Les élèves, quant à eux, apprennent à nuancer leur vision des choses, « même si leur vécu explique l'appréhension qu'ils peuvent avoir envers la justice », note-t-elle. « Ce sont deux équipes de jeunes qui essaient de se découvrir », observe Josette Belloq, proviseure du lycée Jacques-Brel, ravie de pouvoir « ouvrir l'école à la cité ». Effort d'ouverture également consenti par l'ENM. Malmenée par l'affaire d'Outreau, qui avait suscité la remise en question de ses méthodes de formation, l'école semble prête à se dévoiler. Elle fera l'objet d'un reportage ce soir, dans « Envoyé spécial », sur France 2.

Marion Guillot