La face noire de Bordeaux

HISTOIRE L'association Mémoires et partage organise des visites de Bordeaux, sur les traces de son passé de port négrier...

Mickaël Bosredon

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Visite de Bordeaux sur les traces du passé de "port négrier" de la ville
Visite de Bordeaux sur les traces du passé de "port négrier" de la ville — S.ORTOLA/20MINUTES

Normalement limitée à une vingtaine de places, la visite du «Bordeaux Nègre» organisée par l’association Mémoires et partage a encore attiré une trentaine de curieux ce dimanche. «Je refuse du monde» explique Karfa Diallo, son président. Cette idée de visite guidée sur les traces du passé «négrier» de Bordeaux entre les XVIIè et XIXè siècles, il l’a eue «après un séjour à Amsterdam, où l’on proposait ce genre de visites.»

Du fort du Ha au sein de l’Ecole nationale de la magistrature, à la Place des Quinconces, le circuit propose en six étapes de replonger dans l’histoire du commerce triangulaire, dont Bordeaux était un acteur majeur.

Mascarons, peinture et plaques de rues

«C’était le deuxième port négrier de France, derrière Nantes, raconte Karfa Diallo. Quatre à cinq mille navires sont partis de Bordeaux au XVIIIè siècle, remplis de marchandises pour être échangées contre des esclaves en Afrique, qui étaient eux-mêmes revendus ou cédés contre d’autres types de marchandises (café, épices, sucre…) aux Antilles, avant le retour au port de départ.» Quelque 150.000 esclaves auraient ainsi transité par des bateaux bordelais.

Aux manettes de ce commerce, des armateurs, comme Balguerie. Ils ont fait fortune, et enrichi la ville. Les quais, où étaient entreposées les marchandises, sont un des témoins les plus marquants de cette face sombre de l’histoire de la ville. «On y trouve des mascarons, sur le fronton d’immeubles bourgeois, représentant des Noirs.» Plus loin, dans l’enceinte du Grand Théâtre, sur une peinture de Robin, une image montre la ville offrant un esclave enchaîné à Apollon. «Et il y a encore une vingtaine de plaques de rues au nom d’armateurs négriers» souligne Karfa Diallo.

Néophytes ou avertis, les visiteurs sont ravis de ce cours d’histoire insolite. Le président de l’association aussi: «Mon but est de raconter cette époque, sans aucune espèce de revendication. J'essaie d'ailleurs de le faire avec humour. Au début, je n’avais que des militants, mais maintenant il y a tout type de public, c'est une excellente chose.»

Prochaine visite le 3 mars. Contact : 06 58 93 36 38