Echouage de dauphins sur la côte Atlantique: Le phénomène est-il inquiétant?

ENVIRONNEMENT En dix jours, 124 carcasses de dauphins ont été ramassées sur le littoral Atlantique...

Mickaël Bosredon
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Echouage de dauphins sur la plage de Biscarosse en février 2013
Echouage de dauphins sur la plage de Biscarosse en février 2013 — DR/RESEAU NATIONAL ECHOUAGES

Cent vingt-quatre dauphins et marsouins se sont échoués en dix jours seulement sur le littoral atlantique. Doit-on s'en inquiéter?

Ce phénomène est-il nouveau?

Non. En 2011, la côte Atlantique avait déjà totalisé 658 échouages de cétacés (soit 70,6% des échouages de cétacés en France cette année-là). «Il existe une saisonnalité assez marquée avec un pic en février (27% des échouages)», relève un rapport de la coordination Réseau National Echouages (RNE), du Centre de recherche sur les mammifères marins (CNRS-Université de La Rochelle). Willy Dabin, ingénieur d’études en charge de l’animation du RNE, relève que s'«il n’y a eu que 34 dauphins échoués du 11 au 20 février 2012 (contre 124 sur la même période en 2013), il y en avait eu plus de 60 fin janvier. La «saison» avait démarré plus tôt en 2012.»

La tendance des échouages de mammifères marins s’amplifie-t-elle?

Oui. «L’année 2011 a été une année particulièrement chargée avec un total de 1.019 mammifères marins recensés. Cet effectif dépasse celui de 1997 qui détenait le record avec 991 échouages», poursuit le rapport du RNE. Si les chiffres de 2012 ne sont pas encore connus, Willy Dabin estime qu’il y a encore eu «une activité intense» cette année, et qu’elle se «poursuit en 2013».

Qu’est-ce qui explique ces échouages?

Les examens externes ont révélé que 54,5% des dauphins communs portaient des traces de captures accidentelles. Pour le marsouin commun, la situation observée est «préoccupante» note le rapport: «30% d’entre eux portaient des marques évidentes d’une prise accidentelle». Globalement sur la façade Atlantique, «il y a une forte suspicion de mort par capture accidentelle dans 63% des cas, et pathologique dans 27% des cas. La cause est inconnue dans 10% des cas.» Willy Dabin précise qu’ill y a «deux phénomènes particulièrement marquants: les filets dormants utilisés dans le nord de l’Aquitaine, et la pêcherie industrielle, qui utilise une flotille assez importante de chaluts pélagiques en face de l’Aquitaine. Les dauphins sont ainsi victimes soit des filets dans lesquels ils se retrouvent piégés, soit des treuils des chaluts contre lesquels ils se heurtent.»

Les dauphins et marsouins communs sont-elles les seules espèces concernées?

Non. «La diversité observée en 2011 est importante avec 15 espèces de cétacés recensées», observe le rapport. Des échouages de dauphins bleu et blanc ont été abondants en Méditerranée, et cette hausse n’est «pas encore expliquée.» On a également retrouvé 5 petits rorquals, ou encore une baleine à bosse. Quelque 87 phoques ont aussi été répertoriés sur l’ensemble du littoral français (phoque gris et phoque veau-marin). Mais «le dauphin commun reste l’espèce la plus représentée avec 43,3% des échouages.» Depuis 2005, «le marsouin commun a pris la seconde place avec une abondance relative de 27,7% en 2011.»

La façade Atlantique est-elle la seule à connaître ce phénomène?

Non. L’effectif 2011 pour le littoral de la Manche et de la Mer du Nord confirme la tendance à l’augmentation des échouages observée depuis une dizaine d’années sur cette façade. «Cette augmentation est essentiellement due au nombre d’échouages de marsouins communs. Pour cette espèce, la tendance a augmenté de plus de 400% en moins de 10 ans sur ce littoral.» Mais la côte Atlantique est la plus concernée, notamment en raison des vents d’ouest qui ramènent les carcasses sur les côtes.