"Bordeaux doit sortir de sa dimension carte postale"

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Interview intégrale de Pierre Hurmic, avocat, candidat des Verts aux élections municipales.

Comment démarre la campagne ?

Notre discours rencontre un assez bon écho. Mais on note une indifférence et une incompréhension importantes des Bordelais vis-à-vis de cette élection. Ils sont nombreux à ne pas avoir encore compris ce qui se passait. Certains croient qu’ils vont élire un nouveau conseil municipal pour six ans, alors que de nouvelles élections auront lieu en 2008 et peut-être même en 2007, après les présidentielles. Des Bordelais sont aussi choqués par la manière dont Alain Juppé a anticipé le scrutin.

L’abstention vous inquiète ?

Oui, beaucoup de gens risquent de ne pas aller voter, parce qu’ils ne comprennent pas le sens de cette élection ou refusent de la cautionner.

Quelle liste avez-vous choisie?

Notre liste « verte et ouverte » se veut non partisane. Et pour rester fidèles à l’appellation, plus de la moitié des inscrits ne sont pas des militants encartés mais des citoyens. Nous l’avons ouverte à des corps de métiers rarement représentés en politique. Nous avons notamment un tailleur de pierre, un chauffeur de taxi, un chauffeur routier à la retraite, des demandeurs d’emploi... Dans une ville très touchée par le chômage, ça paraît normal.

Quel est votre programme ?

Nous avons choisi le slogan « Bordeaux, l’écologie en tête ». En tête de nos préoccupations, en tête des Bordelais et en tête de notre liste verte et ouverte. Même si ce n’est que pour quelques mois, nous avons défini quatre thèmes forts : l’environnement, la vie quotidienne et la solidarité, la culture et la démocratie participative. Ces thèmes se déclinent en douze propositions fortes, intitulées « douze bonnes raisons de voter pour la liste verte et ouverte ».

Quelques propositions concrètes?

Alain Juppé présente un bilan patrimonial et esthétique. Or, il est temps de sortir du débat esthétique sur Bordeaux et de la dimension « carte postale ». Derrière les façades rafraîchies, il y a des problèmes sociaux et humains, sur lesquels son bilan est bien imparfait. Nous allons notamment défendre le commerce de proximité, en demandant l’arrêt du développement des zones commerciales périphériques. Nous proposons aussi une aide aux plus démunis en leur donnant accès à l’emploi, par le biais des marchés publics. C’est la clause du «mieux-disant social», déjà appliquée dans d’autres villes. En ce qui concerne la culture, on peut dire qu’elle est en panne à Bordeaux. Alain Juppé ne s’en rend compte que maintenant, mais nous avons une longueur d’avance : nous travaillons avec les acteurs culturels depuis trois ans et nos entretiens ont abouti à un « livre vert de la culture », qui avance un certain nombre de propositions. Nous le présenterons d’ailleurs la semaine prochaine. Nous demandons avant tout que la CUB se dote de la compétence culturelle. Nous demandons également depuis 1993 que le Colbert s’en aille, alors qu’Alain Juppé a attendu d’entrer en période électorale pour aborder le problème. Il fait de l’écologie un des thèmes forts de sa campagne, mais il faut se méfier des contrefaçons ! Il a 20 ans de retard… Il propose une charte de l’environnement, alors qu’aujourd’hui, les collectivités rédigent des agendas 21. Ce qui me choque profondément, c’est que le logo UMP n’apparaît nulle part sur ses tracts et affiches. Comme s’il ne faisait pas de politique.

Pourquoi ne pas avoir choisi l’union avec la liste PS-PC ?

Les conditions d’un accord politique n’étaient pas réunies. Et je reste convaincu qu’ouvrir le choix au premier tour est le meilleur moyen de mettre Alain Juppé en ballotage, puisque l’abstention sera l’adversaire principal. Tous les électeurs n’auraient pas forcément voté pour une liste unique socialo-communiste-écologiste. Là, on élargit le choix. Mais au second tour, s’il y en a un et suivant l’équilibre des forces, une union sera envisageable. Pour l’instant, on cherche les voix une par une. On aurait souhaité une campagne beaucoup plus longue pour prendre le temps d’aller à la rencontre des Bordelais.

Recueilli par Marion Guillot