La prostitution, discrète et risquée

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Moins visibles mais plus exposées à la violence. Les prostituées subissent le contrecoup de la loi sur la sécurité intérieure de 2003, qui a introduit le délit de racolage passif. A Bordeaux, leur présence sur les trottoirs a ainsi diminué de plus de 20 % en trois ans. « On est passé d'environ 220 filles en 2002 à 170 filles en 2006 », note le directeur adjoint de la sûreté départementale de la Gironde, David Book, tandis que « les plaintes de riverains pour exhibition ont augmenté ». Et les contrôles aussi : une cinquantaine d'opérations ont été menées depuis janvier à Bordeaux. Près de deux cents procès-verbaux pour racolage ont été établis de janvier à juin, trente-six en juillet et quarante au mois d'août. Un soulagement pour les habitants des boulevards de Brienne et de Belcier, où l'activité est la plus intense.

Mais, selon les associations du réseau d'information des personnes prostituées, cette répression accrue a des effets pervers. « La prostitution est montrée du doigt et les violences envers les filles augmentent », constate l'animateur prévention du réseau. Même constat du côté de la police, qui admet « une recrudescence des agressions par des clients mécontents ». Marginalisées, les filles acceptent des tarifs dérisoires et officient dans des endroits qui échappent aux contrôles de police, mais aussi à la prévention sanitaire (salons, bars à hôtesses). Enfin, « peu de prostituées dénoncent leur souteneur », regrette David Book, malgré l'aide à la réinsertion que propose, en contrepartie des sanctions accrues, la loi de 2003.

Marion Guillot

Environ 500 e pour un rapport non-protégé. C'est ce que proposeraient certains clients, incitant les prostituées à la prise de risque. Certaines « nouvelles arrivantes » accepteraient des fellations à 5 ou 10 e, au lieu de 30 à 50 e.