Ils vont défiler contre le mégajoule

INDUSTRIE La création en Gironde d'un laboratoire d'armes nucléaire suscite une opposition locale...

Simon Barthélemy

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Le site qui accueillera les premiers essais du laser Mégajoule, au Barp près de Bordeaux
Le site qui accueillera les premiers essais du laser Mégajoule, au Barp près de Bordeaux — LILIAN MAROLLEAU/CEA

Sur la D5 près du Barp, au sud de Bordeaux, est érigé un portique rouge, inspiré des torii japonais. Il ne représente pas l’entrée d’un temple shintoïste, mais la lutte de militants anti-nucléaire contre le projet de laser Mégajoule (LMJ), en cours de réalisation au CEA (commissariat à l’énergie atomique) du Barp. Une manifestation aura lieu vendredi midi contre l’enlèvement du torii, installé par l’association Negajoule le 6 août dernier, date anniversaire d’Hiroshima, comme « symbole du respect des victimes du nucléaire militaire et civil ». Car le conseil général de Gironde, propriétaire du terrain, exige son retrait. « Je m’attends à recevoir un recommandé pour cela », indique Jean-Marc Louvet, président de Negajoule. Ses membres manifestent tous les 6 du mois devant le LMJ pour « lever la chape de silence ».

«Fantasmes» selon le chef du projet Mégajoule

Le laser vise à « recréer, en laboratoire, des conditions thermodynamiques semblables à celles rencontrées lors du fonctionnement d’une arme ». « On a déménagé Mururoa au Barp », résume Jean-Marc Louvet. Le laser est en effet une conséquence de la fin des essais nucléaires dans le Pacifique. La France, qui n’a pas renoncé à la dissuasion, doit désormais simuler le fonctionnement de la bombe. D’où le LMJ, projet de 3 milliards d’euros mobilisant 200 personnes. « On va se servir de l’énergie apportée par 4 lasers sur de toutes petites cibles pour amener ces objets en fusion et voir comment la matière se comporte », explique Pierre Vivini, chef du projet Megajoule. Les premiers tirs devraient avoir lieu « fin 2 014 », selon Pierre Vivini, qui dénonce les « fantasmes » des opposants. Ceux-ci redoutent notamment que le LMJ serve au développement de petites armes de première frappe, et non plus de dissuasion, et mette la France en porte à faux dans les prochaines négociations internationales sur le désarmement nucléaire. Le CEA souligne que le laser sera aussi ouvert à des usages scientifiques civils.