«On se demande si l'huître a encore sa place dans le bassin»

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« Préfet... si tu savais... ta souris où on s'la met... » Environ un millier de manifestants ont défilé dans les rues d'Arcachon, hier après-midi (avant que la nouvelle sur les morts suspectes soit connue) pour soutenir les ostréiculteurs. Une mobilisation « sans précédent » dans le bassin, selon un élu de La Teste présent dans le cortège. « On fout en l'air 180 familles. Ce n'est pas une mince affaire », souligne-t-il. Sous un soleil de plomb, une bonne partie de la profession était réunie, avec femmes et enfants, la plupart vêtus de noir ou déguisés en souris. « En un an et demi, c'est la troisième fois qu'on ferme, à cause de quelques souris qui meurent et d'une loi stupide », proteste Eric Brion, ostréiculteur à La Teste. « On dirait qu'on veut nous faire disparaître ».

Parti du port de l'Aiguillon, le cortège a mis le cap sur la sous-préfecture. En tête, deux cercueils décorés de gerbes de fleurs « à la mémoire des ostréiculteurs » avancent lentement sous les applaudissements des badauds, au rythme du requiem de Mozart. « Ma fille vient de se lancer il y a deux ans, se désole Danièle Légeron, ostréicultrice retraitée, installée à Gujan-Mestras. Elle ne peut plus vendre et les charges continuent de tomber. C'est un vrai calvaire. » Pourtant selon elle, « les huîtres n'ont jamais été aussi grosses. Mais les estivants rapportent plus avec leurs bateaux », lâche-t-elle. Un point de vue partagé par un architecte du Cap-Ferret, venu soutenir la profession. « Le bassin s'urbanise de plus en plus. Tout le monde veut sa voiture, sa maison, son bateau... Vivre ici est un délice, mais on se demande si l'huître a encore sa place. » Michel Daverat, conseiller régional Vert, n'est quant à lui pas étonné. « Il y a quelque chose dans l'eau, affirme-t-il, et c'est dû à la surfréquentation maritime ». « Et si les ostréiculteurs disparaissent, cela libérera des places au port », ironise-t-il.

Marion Guillot