Alain Juppé : «Permettez-moi de ne pas me considérer comme battu d’avance»

©2006 20 minutes

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AFP TV

Alain Juppé, candidat à la mairie de Bordeaux.

Que vous a inspiré la polémique autour de votre retour, que certains ont jugé précipité ?

Il n'y a pas de polémique en ce qui me concerne. C'est le rôle de l'opposition et je le respecte. J'aurais pu revenir en décembre 2005, mais j'ai attendu août 2006, parce que je voulais terminer mon année universitaire à Montréal. Cela étant, je crois que personne ne peut me dénier le droit de me réinstaller chez moi à Bordeaux ! Il se trouve que du moment où j'étais là, beaucoup de gens m'ont demandé : « Quand revenez-vous à la mairie ? » Et ma propre équipe estimait que je pouvais légitimement retrouver ma place. Nous avons été élus ensemble en 2001 et ils ont donc démissionné. C'est une démarche démocratique qui consiste à rendre la parole aux Bordelais. Je ne vois pas où il peut y avoir polémique, parce qu'on est en 2006 et que 2008 c'est dans dix-huit mois. D'ici là, beaucoup de choses vont se passer et il est indispensable de donner à Bordeaux toute l'attention nécessaire. Toute la question est de savoir si je peux apporter un plus. Si oui, c'est aux Bordelais de me le dire.

Pourquoi le mystère a-t-il plané aussi longtemps ?

Parce que je ne voulais pas gêner Hugues Martin en annonçant les choses de façon prématurée. Je crois que cela aurait fragilisé l'action de la mairie de Bordeaux, qui serait apparue comme en sursis. En accord avec Hugues Martin, nous avons décidé d'attendre le moment venu.

Le premier tour des élections est fixé au 8 octobre. On a la sensation qu'aujourd'hui, vous revenez dans la précipitation...

Ce n'était pas un mystère ! A partir du moment où la démission de la majorité municipale est annoncée, il y a des délais légaux pour organiser une élection, entre un et trois mois. La campagne électorale sert aussi à faire connaître les candidats. Or, ma liste est parfaitement connue puisque c'est la même qu'en 2001. Et les adversaires sont parfaitement connus aussi. Il n'y a donc pas besoin d'une très longue campagne : en général, les électeurs ne s'intéressent qu'aux quinze derniers jours.

Vous n'envisagiez pas de vivre à Bordeaux sans en être le maire ?

Si les Bordelais n'ont pas envie de moi comme maire, je resterai à Bordeaux sans en être le maire ! J'espère que cela ne se produira pas, parce que j'aime cette ville. Quand je suis arrivé en 1995, la Bastide était une friche. Aujourd'hui, je constate que tout ce que j'avais promis a été fait. On dit tellement souvent que les hommes politiques ne tiennent pas leurs engagements ! Mais on n'est qu'à la moitié du chemin. Il reste encore beaucoup à faire sur la rive droite, à Bacalan, à la gare Saint-Jean avec l'arrivée du TGV...

Et si vous n'êtes pas élu ?

Je ne me considère pas comme élu, mais permettez-moi de ne pas me considérer non plus comme battu d'avance ! Depuis 1978 que je suis candidat à des élections, j'ai été battu une fois.

Pensez-vous que l'abstention pourrait vous porter préjudice ?

C'est un risque. D'autant qu'ici, beaucoup de gens pensent que c'est une formalité et que le conseil municipal n'a qu'à se réunir pour m'élire maire.

En 2001, vous avez été élu avec une faible majorité...

Au 1er tour, j'ai obtenu 51 %. Dans une grande ville c'est une belle majorité. Et si je ne suis élu qu'au deuxième tour, ce n'est pas un drame, c'est la démocratie.

Quels sont les thèmes de votre campagne ?

Une campagne, c'est d'abord l'occasion de rencontrer les gens et d'écouter leurs problèmes. Elle va se dérouler autour de trois types d'activité : la journée des quartiers pour rencontrer élus, habitants, associations... et faire le point sur les projets en cours ; le deuxième exercice, ce sont des rencontres thématiques à ma permanence avec commerçants, médecins ou responsables associatifs ; enfin, nous ferons des forums ouverts au public.

Vous avez choisi la Bastide parce que c'est le quartier où la mutation a été la plus importante ?

Effectivement. Ce quartier était une friche. Aujourd'hui, il y a le jardin botanique qui nous a valu les honneurs de New York, lors d'une exposition, et on peut également parler de l'arrivée de 3 000 étudiants dans ce quartier. Il y a dix ans, c'était inimaginable. Sans compter le Centre national de la fonction publique territoriale, les centaines de logements construits, le futur centre commercial... Les berges, qui étaient difficilement fréquentables sont devenues un lieu de pique-nique. C'est tellement symbolique de la renaissance de Bordeaux que ça valait la peine d'y faire un tour.

Quels projets souhaitez-vous accélérer ?

La priorité est la réalisation du pont Bacalan-Bastide. C'est nécessaire et il y a déjà eu dix ans de concertation. Il faut y aller ! Il y a aussi les grands projets d'infrastructures : reprendre le dossier de la LGV Tours-Bordeaux afin que les Bretons ne nous passent pas devant, faute d'accord entre les différentes régions qui doivent financer le projet. Il faut aussi mettre le paquet sur la rocade à deux fois trois voies. Puis il y a tout ce qui concerne le lien social dans la ville. Beaucoup de nouveaux habitants s'installent et ont une impression d'isolement.

Que pensez-vous du projet de Quai des marques aux hangars ?

Apparemment, il y a eu une erreur de casting de la part du gestionnaire dans le choix des commerces. A l'heure actuelle, nous cherchons un nouveau concept, il y a l'idée de magasins de marque. Je n'ai pas d'avis définitif là-dessus, mais pourquoi pas. Il faut voir avec les associations de commerçants. Nous allons étudier cela dans les prochaines semaines.

Et le Colbert ?

Le moment est venu de le renvoyer à son propriétaire parce qu'il est en mauvais état. Et les indications du ministère de la Défense sur l'amiante ne sont pas très précises. Il faut éclaircir ce point. Il nous faudrait plutôt des trois-mâts ou des paquebots de croisière.

Avez-vous des projets par rapport aux difficultés que connaît l'emploi en Gironde (Ford, First Métal, Sogerma...) ?

Le problème est de rendre la ville de Bordeaux plus attractive. Il faut augmenter l'efficacité de ses liaisons avec l'extérieur, par l'aéroport, le port, la LGV, l'autoroute Bordeaux-Pau, la rocade... Ces infrastructures sont nécessaires. Il faut aussi aménager des parcs d'activités pour accueillir des entreprises. Mais les grands propriétaires fonciers de Bordeaux sont souvent des administrations publiques qui prétendent nous vendre leurs terrains à des prix prohibitifs. On nous demande de faire du logement social et des parcs d'activités, mais à ces prix-là, c'est impossible. Je pense notamment au ministère de la Défense et à RFF (Réseau ferré de France). Il faut aussi une promotion de l'image de la ville plus active. Bordeaux a l'image d'une ville patrimoniale et pas industrielle. Nous devons également renforcer le tissu universitaire, pour attirer les étrangers et les cadres. On doit jouer la carte de l'excellence. Il faut aussi jouer à fond la carte des PME.

Que pensez-vous de la crise de l'ostréiculture ?

J'ai du mal à comprendre ce qui se passe. On assiste à une application un peu systématique et aveugle du principe de précaution. On n'est pas très sûr de la fiabilité de ces tests et pourtant, on prend des mesures d'interdiction totale. J'ai parlé avec Dominique Bussereau [hier], pour lui demander de porter une attention plus fine à ce problème.

Envisagez-vous de jouer un rôle au sein de l'UMP ?

Je me consacre pour le moment exclusivement à Bordeaux. Au fur et à mesure que l'on se rapprochera de la présidentielle, je participerai au débat d'idées, car c'est ce qui m'intéresse en politique. Et le moment venu, je soutiendrai le candidat de l'UMP. Il y aura des législatives l'année prochaine. Hugues Martin va terminer son mandat et je serai alors candidat. Mais on trouvera une solution pour qu'il puisse continuer son activité parlementaire.

Recueilli par Orianne Dupont et Marion Guillot