"Bordeaux a une démarche conquérante"

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Interview intégrale d’Alain Vironneau, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux

Vous êtes en poste depuis le 10 juillet. Vos priorités ?
Comme un aviateur, j’ai fait un point fixe. J’ai commencé à rencontrer le personnel pour comprendre ses missions. J’ai envoyé aux adhérents une synthèse de l’ensemble des services, dans un objectif de transparence. Cette maison fait du bon travail et il faut le faire savoir. J’organise aussi un séminaire en fin de semaine, avec les trois commissions du CIVB, pour faire un point sur les travaux en cours et mettre tout le monde autour de la table.

Que comptez-vous apporter par rapport à vos prédécesseurs ?

Christian Delpeuch [président du CIVB jusqu’en juillet] a engagé de nombreuses actions, notamment sur la communication et le marketing. Des chantiers planétaires ont été ouverts. Bordeaux est entré dans une démarche conquérante, certains signes à l’export nous le montrent. Nous avons besoin de poursuivre ces travaux et de les aménager s’il le faut.

Comment allez-vous travailler avec le négoce, accusé par la production de casser les prix ?

Je ne suis pas un homme de conflit. Je suis un bagarreur, un laborieux. Partout où je m’engage, je pars du principe que j’ai tout à apprendre. Pour moi, à Bordeaux, il y avait deux familles : les producteurs et les distributeurs. Je vais essayer de les réunir. Chacun a besoin de l’autre et doit fonctionner avec l’autre.

Bientôt la fin de la crise ?

Il y a de bons signes. Les primeurs ont montré que Bordeaux n’était pas ringard. Rien n’est gagné, la concurrence est rude. Mais Bordeaux a tout : les hommes, les cépages… Le vin n’a jamais été aussi bon ! Bordeaux a tout pour gagner.

Quels signes vous rendent optimiste pour la viticulture bordelaise ?

Bordeaux s’assume. Bordeaux arrache et distille grâce, entre autres, aux fonds complémentaires apportés par toute la collectivité bordelaise. J’arrive dans une ambiance où tout le monde a des velléités collectives et non dans une ambiance de division. Et c’est un très bel atout pour l’avenir de Bordeaux. Moi, la misère, elle ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, ce sont les gens qui travaillent, au quotidien, qui font tourner le système et dont on ne parle jamais. Les grands crus, l’armée des bordeaux… Tout est en train de changer : réforme des agréments, réorganisation en bassins de production… La viticulture est en train de réécrire toutes les pages de son administration. Tout est en phase évolutive, à l’image des travaux de la ville de Bordeaux, qui nous ont enquiquinés et dont on commence à constater les retombées. La viticulture va renaître.

Mais les prix ne sont pas toujours à la hauteur et des exploitations sont dans le rouge...

On a quand même préservé nos volumes, même si les prix ne sont pas toujours glorifiants. Quand on produit un bon vin, cela a un coût, c’est normal. Et c’est l’une des paroles que je dois faire passer. On a trop longtemps négligé le volet économique de la viticulture, en privilégiant la technique. Il n’est pris en compte au niveau national que depuis quelques mois. Or, la tendance au « toujours moins cher » dans les supermarchés détruit des pans entiers de la société. Je ne peux pas garantir de prix minimum, mais cela fait partie de la réflexion. Un bon produit doit avoir un bon prix.

Les actions, parfois violentes, menées par les Jeunes agriculteurs et la FDSEA vous semblent-elles justifiées ?

Il faut positionner le débat au niveau national. Il y a deux sortes de syndicats : des syndicats de défense de produits, comme les syndicats viticoles, et des syndicats horizontaux, à obédience politique, qui défendent l’individu, par exemple ceux que vous citez. Au CIVB, nous défendons le produit. Notre mission est de fixer les conditions de production des vins de Bordeaux. Nous sommes complémentaires des syndicats horizontaux, mais il ne faut surtout pas tout mélanger. J’ai la chance de ne pas être en conflit avec eux. On se respecte les uns les autres.

Un mot sur la Fête du vin ?

La Fête du vin a été un encouragement. C’était magnifique. C’est là qu’on voit que le vin, c’est convivial, mais toujours avec modération, bien sûr... Ce n’est pas fait pour opposer les gens, mais pour les réunir.

Recueilli par Marion Guillot