Clochemerle au paradis ferretcapien

©2006 20 minutes

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Le bruit des bulldozers risque de perturber quelque temps la vie paisible de la Pointe-aux-Chevaux. Les époux Baron se sont résignés à entamer aujourd'hui la démolition de leur villa, située dans ce lotissement très huppé du Cap-Ferret. C'est une nouvelle étape dans le feuilleton judiciaire qui oppose ce couple de retraités à leur voisinage depuis dix ans. En 1996, les Baron achètent une portion de terrain, avec vue imprenable sur le Bassin, où ils décident de construire leur villa, alors que le cahier des charges du lotissement interdit le morcellement des lots. Malgré les protestations des voisins et l'ouverture d'une procédure en justice, ils obtiennent un permis de construire. Mais en 2003 la cour d'appel leur donne tort et ordonne la démolition de leur maison. Trois ans plus tard, confrontés à des amendes de plus en plus importantes, ils vont s'exécuter.

« Mes clients ont voulu préserver ce cadre de vie exceptionnel et éviter le morcellement des terrains », explique l'avocate des voisins mécontents, Marie-Françoise Lasserre. L'avocat des Baron y voit plutôt un acharnement contre l'arrivée de nouveaux habitants dans « la zone des rupins ». « Les Baron sont désespérés, affirme Jean-Louis Quintard. Nous avons pourtant cherché une solution amiable. » Espérant dissuader les plaignants de demander l'exécution de la décision de justice, il a lancé une procédure pour faire démolir toutes les autres villas en infraction dans le lotissement. De son côté, le maire UMP Michel Sammarcelli renvoie chacun à ses responsabilités : « Les Baron savaient qu'ils étaient en tort. Ils sont tombés sur des voisins jusqu'auboutistes qui ont allumé une mèche. » Il n'aime guère cette « mauvaise publicité » : « Le climat est détestable, les huissiers vont et viennent. Cette démolition est la fin de la première partie, mais si le rideau se relève on ne sait pas où ça va s'arrêter. »

Sophie Lemaire

Selon un prérapport cité par Jean-Louis Quintard, l'expertise en cours recenserait « une quinzaine de villas en infraction sérieuse au cahier des charges ».