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#GRATITUDEComment LinkedIn est-il devenu le meilleur du pire des réseaux sociaux ?

Publications inspirantes, développement personnel et novlangue... Pourquoi aime-t-on détester LinkedIn ?

#GRATITUDEDes publications pseudo-inspirantes remplies d’émojis, des expressions en franglais incompréhensibles, et un haut niveau de gêne : le réseau social des dirigeants d’entreprise et autres start-ups est rapidement devenu l’objet des moqueries du reste d’internet
LinkedIn et ses demandes d'amis inconnus.
LinkedIn et ses demandes d'amis inconnus.  - AL
Pauline Ferrari

Pauline Ferrari

L'essentiel

  • C'est la rentrée ! Heureusement que votre réseau LinkedIn est là pour vous raconter comment, pendant ses vacances, il a pû sortir de sa zone de confort en proposant un recrutement en méthode agile.
  • Sur les réseaux sociaux, LinkedIn et ceux qui y postent sont un peu devenus la risée d'internet, de publications cryptiques en messages (souvent) un peu exagérés.
  • À tel point qu'il existe des générateurs de post LinkedIn utilisant l'intelligence artificielle... De quoi se questionner sur leur utilité.

On le sait, chaque réseau social a son propre usage : on partage ses photos de vacances sur Instagram, ses opinions politiques sur Twitter, ses meilleurs pas de danse sur Tik Tok… Mais pour la sphère professionnelle, le réseau de référence reste LinkedIn, son interface bleue rassurante et ses posts qui rappellent l’âge d’or de Facebook. Le réseau social professionnel, d’abord destiné à trouver du travail et à créer des connexions entre employés, s’est rapidement transformé en caricature de tout ce qui est reproché à la start-up nation et au capitalisme. Si on se balade sur Facebook ou sur Twitter, de nombreux groupes et pages de mèmes, ces images humoristiques décalées, se centrent sur LinkedIn : le groupe Neurchi de LinkedIn compte 77 000 membres sur Facebook, alors que Neurchi de start-up nation, pensée positive et jeunes cadres dynamiques compte près de 19 000 membres. Dans ces groupes, les captures d’écran issues de LinkedIn ont une grande place.

Sur Twitter, le compte Disruptive Humans of Linkedin parcourt le réseau social pour en extraire des publications gênantes ou drôles. « C’est un compte qui existe depuis 2017, mais qu’on a récupéré avec certains de l’équipe de TechTrash (une newsletter sur les absurdités du milieu de la tech, N.D.L.R.) en 2020. On est un peu un observatoire du bullshit » rigole Bruno, l’un des admin du compte. « Ce qui nous amuse, c’est de voir les réactions et les discussions que ces posts génèrent : il y a beaucoup d’auto-dérision, on va décortiquer les propos » ajoute-t-il. Comme sur ce post qui se veut inspirant, où l’auteur explique avoir trouvé le sens de la vie… en faisant caca dans la forêt.

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Les pros de la novlangue

Sur LinkedIn, les publications se suivent et se ressemblent : des phrases bien séparées par un retour à la ligne, des émojis par dizaines (parfois plusieurs fois par phrase) et une structure d’histoire qui se finit par une morale, à la manière d’une fable. À ces caractéristiques s’ajoute la novlangue, c’est-à-dire une manière de parler proche de la langue du bois et/ou du politiquement correct : cela peut passer par des mots en anglais, des concepts incompréhensibles hors de la sphère du marketing ou des acronymes obscurs. « C’est un langage marketing qui est insupportable, assez formaté. Car au-delà de la novlangue, il y a un travail de rythmique et de forme avec beaucoup d’émojis et de smileys. C’est presque artistique » s’amuse Bruno.

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Ce qui étonne le plus l’un des administrateurs de Disruptive humans of LinkedIn, c’est la popularité de ces publications, dont certaines accumulent des centaines voire des milliers de likes. « Quand on analyse la sémantique d’un post, c’est souvent du n’importe quoi. On a l’impression que les gens deviennent experts d’un sujet du jour au lendemain » explique Bruno, qui confie : « on croit avoir tout vu, et on arrive à voir encore pire ». Du storytelling s’appuyant sur la mort d’un proche, sur l’actualité, sur ses propres enfants, sur certaines méthodes contraires (voire illégales) en matière de ressources humaines… Tout est bon pour le like, dans la start-up nation.

La start-up est morte, vive la méthode agile (non)

Mais comment se fait-il que LinkedIn soit devenu le paradis de la start-up et des messages cryptiques ? « Je pars du principe que c’est l’algorithme de LinkedIn qui pousse ce genre de posts, pour que les gens restent plus longtemps et commentent » analyse Bruno. Comme d’habitude, la force des algorithmes dicte le contenu : ce qui explique que LinkedIn se soit transformé en sorte de Facebook (pour son côté boomer) des CSP +.

Récemment, une petite intelligence artificielle du nom de «Viral Post Generator» a fait le tour de Twitter : ce générateur de posts LinkedIn propose d’y insérer un conseil inspirant et d’ajuster votre niveau de cringe, c’est-à-dire de gêne. « Ce que ces générateurs montrent, c’est que c’est facile de remplacer ces discours par une intelligence artificielle et d’en faire à la chaîne » note Bruno. Par exemple, à la rédaction, on a créé ce post LinkedIn, qui raconte l’histoire d’un chauffeur Uber qui mange un sandwich. Et qui est ce qu’il a envie d’être, avec un mindset positif. Inspirant, non ?

On adore les sandwiches et les mindset positifs
On adore les sandwiches et les mindset positifs - Viral Post Generator

« Sur des posts assez stratégiques, écrits par des personnes qui ont du pouvoir, on a parfois l’impression d’avoir affaire à des coquilles vides, qui ne font rien à part écrire des posts LinkedIn » me fait remarquer Bruno. Et si c’était ça, l’ultime bullshit job ?

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