20Mint : Le KlapCoin, une cryptomonnaie à la rescousse du cinéma français

BLOCKCHAINBUSTER Sarah Lelouch et Fabien Berger, de la société Le Diversité du Cinéma Français, lancent ce jeudi 28 avril une cryptomonnaie, le KlapCoin afin d’attirer des investisseurs prêts à participer à l’aventure d’une cinquantaine de projets grand public

Stéphane Leblanc
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L'avenir du cinéma selon la productrice Sarah Lelouch — 20 Minutes
  • 20 Minutes lance 20 Mint, un magazine gratuit pour décrypter la blockchain, les NFT et le métavers piloté par des machines à écrire virtuelle.
  • On profite de l'occasion pour donner la parole chaque jeudi à un acteur incontournable du secteur.
  • Les professionnels du cinéma Sarah Lelouch, fille de Claude Lelouch, et Fabien Berger, expliquent à 20 Minutes pourquoi ils lancent ce jeudi 28 avril une cryptomonaie, le KlapCoin, afin d’attirer des investisseurs prêts à participer à l’aventure d’une cinquantaine de projets grand public.

Une cryptomonnaie à la rescousse du cinéma français. Parce que le travail de développement des films, de leur écriture à leur mise en production, peine à trouver des financements corrects, Sarah Lelouch et Fabien Berger, de la société La Diversité du Cinéma Français, lancent ce jeudi 28 avril une nouvelle monnaie, le KlapCoin afin d’attirer des investisseurs prêts à participer à l’aventure d’une cinquantaine de projets grand public où le processus créatif, technique et financier s’inscrit dans la logique de la blockchain et des NFT.

Le KlapCoin, c’est quoi ?

Sarah Lelouch : C’était quand même incroyable qu’il n’existe pas la monnaie du cinéma alors que les modes de financement ont atteint leurs limites. On connaît les aides du CNC, des Sofica, des régions, souvent réduites et qui arrivent au bout de ce qu’elles peuvent proposer. Aujourd’hui, le cinéma français manque drastiquement d’argent, en particulier pour le développement des films. Et on s’est demandé quel mode alternatif de financement trouver ? Et c’est là que l’idée de créer une crypto monnaie s’est imposée à nous, le KlapCoin. On a bien creusé avant de la lancer pour être sûr qu’on était les premiers. Et on est bien les premiers.

Fabien Berger : On aurait pu se contenter de créer un fonds privé spécialisé dans le développement du cinéma. Et on a exploré cette piste. Mais très vite, on a eu un no go parce qu’on s’est rendu compte que les contraintes réglementaires, juridiques et techniques nous imposaient de lever entre 20 et 30 millions d’euros pour arriver à un point d’équilibre pour ce type de fonds. Mais surtout, ce type de financement nécessite un minimum d’investissement de plusieurs dizaines de milliers d’euros qui exclue la grande majorité des investisseurs potentiels.

Or nous, on voulait faire un projet qui soit très horizontalisé, qui touche tout le monde, qui puisse être accessible au plus grand nombre et donc c’est pour ça qu’on l’a ouvert au grand public dès 1 €. On voulait vraiment créer quelque chose de vertueux et c’est ce que la blockchain permet d’offrir : le Web 3 permet de créer une communauté et de fédérer des investisseurs. La loi Pacte (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) de 2019 a ouvert un cadre juridique pour ce mode de financement, qui devient plus simple, même si cela nécessite de savoir coder pour écrire dans la blockchain et y accéder.

Ce cadre Web 3, vous l’avez conçu comment ?

FB : On est développé sur la blockchain Tezos de troisième génération, ce qui est important pour nous du fait de ses atouts environnementaux. On a beaucoup critiqué le bitcoin et les blockchains de générations plus anciennes pour leur coût énergétique et écologique énorme, monstrueux. Alors que le coût énergétique d’une année de cette blockchain de troisième génération, c’est l’équivalent de 17 citoyens du monde. Tezos est écologiquement très responsable.

SL : C’est important pour nous d’être verts et vertueux partout où on peut l’être aujourd’hui, dans le monde dans lequel on vit.

FB : Nos autres partenaires aussi ont été choisis avec soin : Exaion, la start-up spécialisée en cloud et en Web 3 filiale à 100 % d’EDF, ou le laboratoire Nomadic Labs.

Comment allez-vous inciter le grand public à investir dans cette cryptomonnaie ?

SL : Avec des avantages et des droits associés. Investir dans le KlapCoin permettra d’obtenir des places en avant-premières, de passer une journée en coulisses avec des comédiens, d’avoir un droit de vote… Si la production hésite entre deux titres de film, ils seront proposés à la communauté qui votera pour son préféré. On est sur un registre de projets de films grand public sélectionnés par un comité de professionnels présidé par Julie Gayet et on parle d’une communauté qui, on l’espère, comprendra entre 20 et 30.000 investisseurs. Un panel qui va dire quel titre il préfère ou quel genre de film il veut voir développer, ça donne une tendance de ce qu’attend le public. C’est une valeur ajoutée incroyable. La différence avec le crowdfunding ou le financement participatif, c’est que l’investisseur, comme son nom l’indique, va investir et sera financièrement intéressé à la réussite économique du film.

FB : Avec ce mode de financement, l’investisseur est acteur de sa participation, il vote, il détient des droits artistiques. Et surtout, il aura une rentabilité, un gain sur le retour sur investissement des œuvres développées. Nous, on s’inscrit plutôt dans un temps long, avec la création d’une communauté qui serait la communauté du KlapCoin, dont les investissements vont couvrir tous les frais de développement, de création, ce qui va permettre, non pas de dégager 300 % de bénéfice, mais de rapporter un retour sur investissement raisonnable. C’est pour ça qu’on parle sur le KlapCoin d’un gain de 5 à 7 % par an.

Qui dit crypto monnaie dit blockchain, et la blockchain, c’est la transparence. Comment comptez-vous faire preuve de transparence ?

FB : La transparence est prévue à toutes les étapes du projet : les étapes de création, les étapes financières, les étapes juridiques. Sur le plan artistique, l’investisseur sera informé tout au long du développement des œuvres, de l’avancée des projets en cours ou de ceux qui font leur entrée au catalogue, et la communauté sera invitée à donner son avis. Pour la partie financière, il y aura des comptes rendus avec des versements de dividendes en cryptomonnaie sur les œuvres de notre catalogue qu’on aura développées et monétisées, c’est-à-dire vendues à des producteurs pour en faire un film. Tout cela dans une totale transparence.

A un moment, la transparence va forcément avoir ses limites… Quels sont les garde-fous pour éviter le plagiat ou le vol d’idées de scénarios ?

SL : Les scénarios et les projets resteront cachés jusqu’à un certain stade d’investissement. Et tous ces projets vont être ultra-sécurisés grâce à la blockchain. Pour parler des NFT, chaque projet va être un NFT. Un "NFT contrat" qui va suivre et qui va tracer tout ce qui aura été signé, en fait.

Comment allez-vous constituer le catalogue de films dont vous allez financer le développement ?

SL : Il y a quelques étapes avant que le projet arrive au comité de professionnels réunis autour de Julie Gayet. Parce que si on devait soumettre tous les projets au comité, je pense qu’ils arrêteraient tous leur métier… Comment ça va se passer ? Il faut déjà déposer un dossier sur le site la-dcf.com. Une fois qu’ils vont déposer ce projet, il faut qu’il soit éligible, avec toutes les pièces requises, synopsis, mood-board, devis estimatif du développement, et puis il y a une présélection à laquelle je participe pour voir si le projet a du potentiel. Ce qui va écrémer.

Et ça veut dire combien de projets ?

SL : Notre objectif, c’est de lever 8 millions en six semaines, afin d’avoir de quoi financer le développement d’une cinquantaine de films. Le process de sélection est important parce qu’on a déjà reçu 70 projets sans faire d’appel pour l’instant.

Vous annoncez miser plutôt sur un catalogue de films ou de séries populaires, pour quelle raison ?

SL : Populaire, grand public, axé beaucoup sur les jeunes talents. Il y a cette phrase de mon père [Claude Lelouch, NDLR] : "Le public a toujours raison… même quand il a tort”. En misant sur des films grand public, on a plus de chance d’avoir un succès commercial qu’avec un film d’auteur, mais c’est aussi une vraie volonté familiale mais aussi personnelle d’être en contact avec le public. Et ce qui est extraordinaire dans ce projet, c’est que toute la communauté, tout le public va vraiment participer activement au développement du cinéma. Et ça, c’est une vraie nouveauté. Et je pense que c’est une vraie plus value d’avoir accès à cette communauté, quand on veut fabriquer ce type de films.

Comment le milieu du cinéma perçoit-il ce nouveau mode de financement ?

S.L. : Ils sont en observation ! Ce n’est pas encore l’enthousiasme, mais il y a beaucoup de curiosité. Tout le monde trouve le projet top, donc ça, c’est déjà pas mal, et que le modèle tient la route, ce qui nous encourage énormément. On accumule les rendez-vous parce que beaucoup de monde est intéressé, soit pour investir, soit pour déposer son projet. Les producteurs commencent à comprendre l’intérêt d’investir pour avoir accès à notre catalogue de projets en développement.

F.B. : Au Festival de Cannes, on va participer à des tables rondes, pour parler de l’aspect technique et juridique crypto, NFT… C’est important d’échanger aussi avec le reste de la profession dans le but aussi de créer un socle commun.

Le lancement du KlapCoin ce jeudi, ça va se passer comment concrètement ?

F.B. : Il suffit de venir sur le site de la plateforme la-dcf.com.

S.L : Vous pouvez payer en carte bleue par exemple. Si vous avez de la crypto, vous pouvez payer avec votre crypto.