Clubhouse : On est parti à la découverte de l’application ultra-sélect où seule la voix compte

CLUBBING 2.0 Pas totalement un réseau social, pas vraiment une réunion Zoom, on a testé Clubhouse, la nouvelle application 100 % audio qui fait de plus en plus parler d’elle

Clément Rodriguez

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Des participants à une conversation sur Clubhouse
Des participants à une conversation sur Clubhouse — C.R./20 Minutes
  • Lancée en 2020, Clubhouse est la nouvelle application à la mode, aujourd’hui valorisée à près d’un milliard de dollars.
  • Sa particularité ? Ses utilisateurs et utilisatrices se joignent à des discussions uniquement grâce à leur voix.
  • 20 Minutes s’est frayé un chemin parmi les dizaines de conversations, entre conseils de développement personnel et tutos pour faire ses premiers pas en Bourse.

Installer Clubhouse sur son téléphone, c’est revivre la peur de se faire refouler à l’entrée d’une boîte de nuit à 17 ans. Pour accéder à l’application, on se retrouve vite face à des portes closes si l’on ne dispose pas d’une invitation. Sans connaissances branchées nouvelles technologies, on se tourne alors vers d’autres plateformes comme Facebook ou Twitter, où de généreuses et altruistes personnes nous font don de leur laissez-passer.

Pourquoi se donner autant de mal pour une simple application ? Parce que Clubhouse, c’est le dernier succès qui fait frémir la Silicon Valley. Avec deux millions de nouveaux utilisateurs par semaine, cette application veut connecter le monde entier uniquement grâce à la voix. Pas de like, pas de story, seulement des conversations audio auxquelles n’importe qui peut se joindre. Valorisé à un milliard de dollars, le réseau attire aussi les célébrités, à l’instar d’Ashton Kutcher, Oprah Winfrey ou Elon Musk.

Titillé par le buzz ambiant autour de cet ovni du Net, on s’empresse de lancer l’application une fois notre pass obtenu. Après avoir renseigné notre nom et notre prénom, il faut désormais choisir quels sont nos centres d’intérêt parmi une large palette. Des « croyances » (hindouisme, islam, christianisme) aux « arts » (photographie, danse, architecture) en passant par le « bien-être » (fitness, méditation, médecine), plus de cent cases peuvent être cochées afin que l’application cerne au mieux notre personnalité et nous propose les discussions les plus appropriées.

Développement personnel et business à foison

Après quelques secondes de marinage, ça y est, on entre dans Clubhouse. S’affichent devant nos yeux plusieurs salles dont une qui arbore un drapeau français. Chauvin, on fonce dessus et on suit la conversation d’une dizaine de personnes qui discutent de leur routine matinale pour passer une bonne journée. L’occasion d’apprendre que l’un des intervenants, Dikom, ne peut pas se coucher sans que sa cuisine ne soit nettoyée avec du savon noir. Bon, on se dit qu’on aurait certainement pu survivre sans cette information.

On quitte tranquillement cette salle pour se balader sur le réseau. On tombe sur un concours de chant où les concurrents s’affrontent en duel. Un bouton qui permet de lever la main sert de bulletin de vote. Après plusieurs minutes de compétition, le gagnant repart avec 200 dollars… En cryptomonnaie. Dans un autre tchat vocal, ça discute marketing, branding et storytelling sur la « stage » (« la scène »). Les autres auditeurs, « le public », sont régulièrement invités à lever la main pour participer aux échanges.

Le développement personnel, le business, l’économie, l’entrepreneuriat, voilà quelques-uns des thèmes les plus abordés. Si vous n’êtes ni intéressé par celles et ceux qui vous disent que « le bonheur, c’est un chemin vers soi-même » ni par les débats autour de l’introduction en Bourse, vous pouvez facilement passer votre chemin. À moins de prendre le temps de fouiner dans l’application pour tomber sur quelques pépites.

Une application « qui peut être très addictive »

Au bout de plusieurs dizaines de minutes de scroll, on finit par tomber sur une petite « room » franco japonaise dans laquelle discutent une dizaine de personnes seulement. Alors que l’on se sentait peu pertinent à prendre la parole à propos du bitcoin dans une salle remplie de centaines d’Américains, on souffle cette fois-ci un bon coup et on lève la main pour participer aux bavardages. Eri, habitante de Fukuoka dans le sud du Japon, nous invite à nous présenter. Une fois que c’est fait, les sujets de discussion s’enchaînent, comme si l’on venait de rencontrer des inconnus dans un bar.

« J’ai halluciné dès la première "room" sur le fait que tu puisses discuter avec des gens du monde entier en live, nous raconte Thibaut lorsqu’on lui demande pourquoi il est connecté à Clubhouse. En termes d’apprentissage, moi qui suis très curieux, c’est vraiment énorme. Je pense que je vais devoir me fixer des horaires et me discipliner parce que l’application peut être très addictive. » Kazuka, un Japonais installé en France depuis trois ans (et qui a appris le français notamment grâce à 20 Minutes, ça fait toujours plaisir), explique qu’il aime se connecter aux sujets de discussions à propos des médias et des réseaux sociaux.

Eri, quant à elle, a décidé de créer sa propre salle de tchat après deux jours d’utilisation passive de l’application. « Je trouve que c’est une expérience qui facilite la communication. Et puis j’ai l’impression que je divulgue moins d’informations personnelles, je ne poste rien qui va rester sur le Net à tout jamais. C’est comme un coup de fil à plusieurs en fait », résume-t-elle.

Ces rencontres surprenantes à travers le monde ne sont pas encore légion sur Clubhouse. Les utilisateurs et utilisatrices pourraient vite se sentir dépassés par l’effet «
masturbation intellectuelle » de l’application, où la majorité des conversations tournent autour des mêmes sujets pendant des heures, sans que l’on en ressorte avec l’impression d’avoir appris quelque chose. Mais avant la réouverture des bars et des restaurants, c’est encore ce que l’on a trouvé de mieux pour retrouver un semblant de vie sociale.