« Le spectacle de la maturité » : « Je trouve le mot "youtubeur" légèrement réducteur », confesse Norman

INTERVIEW Le vidéaste et humoriste s’exporte sur Amazon Prime Video pour son deuxième spectacle, celui « de la maturité »

Propos recueillis par Clément Rodriguez

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Norman Thavaud, désormais plus humoriste que youtubeur ?
Norman Thavaud, désormais plus humoriste que youtubeur ? — Amazon Prime Video
  • Normand Thavaud, l’un des premiers youtubeurs à avoir émergé en France, est aussi humoriste.
  • Ce vendredi, son deuxième one-man-show, Le spectacle de la maturité, est mis en ligne sur Amazon Prime Video.
  • Que ce soit sur YouTube ou sur scène, « j’essaye de tendre la couverture vers quelque chose de plus adulte », confie-t-il à 20 Minutes.

Après être passé des écrans à la scène devant plus de 400.000 spectateurs pour son premier spectacle, l’heure de la maturité a sonné pour Norman. Dix ans après son arrivée en solo sur YouTube, le vidéaste passe exceptionnellement sur Amazon Prime Video pour la mise en ligne de son deuxième one-man-show.

Sa vie, sa paternité, ses voyages, mais aussi ses questions autour de sa génération et de l’actualité sont au cœur de ce seul-en-scène. Attirer ses douze millions d’abonnés dans une salle de spectacle, un défi toujours périlleux même cinq ans après le lancement de sa carrière sur les planches, mais qui ne fait pas peur à Norman. Il se confie à 20 Minutes.

Dans l’intro du spectacle, vous plaisantez du fait qu’il n’y a que des enfants dans le public. Est-ce que c’est une vraie appréhension pour un youtubeur de mettre des visages sur des pseudos ?

Complètement. C’est très bizarre. Quand j’écris des sketchs, j’imagine parler à des gens de mon âge en permanence. J’ai 33 ans et quand je parle de Black Lives Matter, j’imagine parler à quelqu’un de mon âge. Quand je jouais mon spectacle au tout début, je voyais beaucoup d’ados et je me disais qu’on était en décalage. Mais je me suis rendu compte au fur et à mesure qu’il y avait de tout. Finalement, c’est un public assez éclectique, c’est une chance mais c’est très étonnant. À Nantes, lors de la première date de mon premier spectacle, j’avoue que j’ai fait « wow ». Je n’étais pas déçu mais me suis dit que c’était parti pour une tournée des Bisounours. Mais le lendemain, il y avait des gens plus âgés.

Peut-être qu’il est difficile d’attirer un public plus vieux quand on s’est fait connaître sur YouTube ?

Aujourd’hui, certains youtubeurs jouent cette carte et font des sketchs très « bébé » et volontairement Bisounours. Je fais tout pour montrer aux gens que contrairement à YouTube qui est vraiment un aspirateur à ados, j’essaye de tendre la couverture vers quelque chose de plus adulte. J’ai fait une vidéo sur être parent, une autre sur les livres. Ce n’est pas grand-chose mais j’essaye de vieillir légèrement l’audience. C’est un truc que l’on comprend seulement quand on est sur scène.

Vous faites partie des influenceurs dont vous dites qu’ils n’influencent rien… C’est aussi un phénomène qui vous fascine ?

C’est un terme que je n’ai jamais trop aimé et j’ai toujours essayé de m’en distancer le plus possible alors que je joue quand même ce rôle. J’ai toujours vécu de la publicité sur Internet parce que ça marche comme ça, et en même temps, j’ai toujours fait très attention à ne pas être une tête de gondole et ne pas parler de ma vie privée non-stop. J’essaye d’exister en tant qu’artiste avant tout. Ce n’est pas évident quand on voit les influenceurs de nos jours, je les respecte mais je n’ai pas envie de leur ressembler.

Un sketch sur le racisme, sur la mobilisation en ligne… Est-ce que ce sont des sujets qui vous tiennent à cœur et que vous ne pouvez pas forcément aborder en vidéo ?

L’audience n’est pas tout à fait la même sur YouTube et sur scène, ce qui fait qu’il y a plein de trucs que je ne peux pas aborder sur YouTube. Ça peut être censuré ou ça va créer des polémiques, des clashs, ça va bider. Sur scène, je m’en fiche. J’ai mon spectacle et quand les gens arrivent, ils savent qu’ils sont dans mon univers. Clairement, j’ai plus de liberté et j’en profite à fond. Le but, ce n’est pas d’être un humoriste ultra-corrosif qui provoque à tire-larigot, mais c’est vrai que je peux plus me lâcher.

Le stand-up est votre vocation. Est-ce que vous aimeriez que l’on vous considère comme un humoriste plutôt qu’un youtubeur dans les années à venir ?

Je n’ai pas forcément la réponse. J’ai du mal à me mettre une étiquette parce que j’aime plein de choses dans la vie. Si on me disait un jour que je ne devrais faire que de la scène, je serais très triste, et si on me disait que je ne devrais n'être que sur YouTube, je serais très triste aussi. Je suis entre les deux et j’ai du mal à choisir. Le terme « youtubeur », que j’ai aimé initier en France, ça n’existait pas du tout il y a dix ans. Quand je l’entends aujourd’hui, je trouve ce mot un peu cheap. Il y a tellement de youtubeurs qui font des trucs artificiels. J’aime bien mettre un soupçon d’artistique dans ce que je fais, et beaucoup s’en foutent complètement. Du coup, je suis naturellement associé à tous ces gens que je n’aime pas forcément, même s’il y en a beaucoup que j’aime beaucoup (rires). Je trouve ça légèrement réducteur.

Est-ce que vous comptez reprendre un rythme plus régulier sur YouTube ?

Ceux qui n’ont « que » ça comme activité, entre guillemets, en font dix fois plus. Moi, quand je pars en tournée ou que j’écris mes spectacles, je suis tellement occupé que j’en fais très peu. Et ça se voit dans ma régularité. Je sors très peu de vidéos parce que j’ai tout misé sur ce show sur Prime Video. Je suis un peu stressé parce que j’y ai mis tellement de cœur que j’espère que ça va marcher. Des fois, je regrette. Je me dis que si j’avais fait zéro stand-up dans ma vie, certes il y aurait eu un truc en moins, mais j’aurais été le numéro 1 de YouTube et j’aurais eu des milliards de vues en plus. Parce que c’est ça YouTube, ça marche au rendement. Si j’avais fait une vidéo toutes les semaines depuis le début, je serais le roi du pétrole.

S’éloigner de la course aux vues, c’est une chose intéressante dans votre parcours…

C’est une philosophie que je m’impose. Des fois, on est un peu obligés parce que sortir des vidéos qui ne marchent pas, ça m’est déjà arrivé et ce n’est pas très agréable. J’essaye de m’en détacher en essayant d’intéresser les gens. C’est un équilibre entre les deux, être un artiste et ne pas être chiant pour les gens qu’on divertit. L’exemple parfait, c’est quand on fait un passage sur scène qui ne fait pas marrer les gens, en général on ne le garde pas. Je ne vois pas pourquoi on mettrait des vidéos pas intéressantes sur YouTube sous prétexte qu’on est un artiste.

Le Covid-19 a stoppé votre tournée. Avez-vous pu relativiser assez rapidement ?

On s’est arrêté après la troisième date de la tournée, donc j’étais très frustré, d’autant plus que ça faisait deux ans que j’attendais ça impatiemment. Mais je ne suis pas le plus à plaindre, il y a des gens qui ont perdu leur travail, qui ont dû fermer leur commerce... Ce qui m’a fait le plus mal au cœur, c’est pour l’équipe avec qui je suis parti. Les trente techniciens qui étaient là sur les Zénith avaient prévu de nourrir leur famille pendant un mois grâce à la tournée. J’avais le sentiment que c’était de ma faute donc j’ai un peu culpabilisé.