YouTube : Faut-il se regrouper en tribus pour devenir une star du Net ?

DECRYPTAGE Les regroupements de vidéastes, tels que Maison Grise, la Redbox et la Team Crouton, fleurissent sur YouTube et sont la preuve de la force du collectif

Clément Rodriguez

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La bande de Léna Situations, unie pour le meilleur et pour le clic
La bande de Léna Situations, unie pour le meilleur et pour le clic — Capture YouTube/©LénaSituations1
  • On les nomme la Redbox, Maison Grise ou encore la Team Crouton, et ils cartonnent sur YouTube.
  • Les collectifs de youtubeurs, des bandes de potes qui s’invitent les uns et les autres dans leurs vidéos, sont un phénomène grandissant.
  • 20 Minutes s’est entretenu avec Michou, Joyca et Bilal Hassani, tous les trois membres d’un groupe différent.

Pour vivre heureux, vivons cachés. Et pour vivre mieux, vivons groupés ? Cela pourrait être la devise des youtubeurs, dont la tendance actuelle est au collectif. Oubliez Norman et Cyprien, seuls dans leur salon à se filmer en solo à la belle époque. Aujourd’hui, c’est le «  feat and fun » qui fait recette. Grosso modo, les vidéastes se reçoivent les uns chez les autres (en featuring) et produisent ensemble le contenu le plus drôle possible (pour un max de fun, donc).

Le premier vrai collectif a éclos au début de l’année 2018. En montant la Redbox, les six youtubeurs Amixem, Joyca, Mastu, Neoxi, VodK et Cyrilmp4 franchissaient le pas de l’aventure commune et mutualisaient leurs forces avec la création de leurs bureaux. Le but ? Que chacun possède son propre studio et que les vidéos de groupe deviennent aussi faciles à produire que des vidéos solos. Pour cause, travailler côte à côte et s’éviter cinq heures de train pour un tournage a changé la donne.

Cultiver le naturel, la règle d’or

Depuis, d’autres tribus sont apparues comme la Team Crouton, Maison Grise ou encore Léna Situations et sa bande d’amis (qui, eux, n’ont pas de surnom). Au total, des dizaines de vidéastes aux millions de vues qui trustent régulièrement les premières places des tendances sur YouTube. Et pour accentuer le phénomène, ces regroupements accueillent régulièrement de nouveaux élus dans leurs rangs.

Début septembre est née la chaîne « La Maison » en référence à la bande Maison Grise. Elle rassemble Pierre Croce, Benjamin Verrecchia, Camille LV, Lucas Studio et plus récemment Fred Van Long et le rappeur Petit Voyou. Tous travaillent au même endroit depuis deux ans, mais cette nouvelle chaîne joue encore plus sur les logiques de groupe avec des vlogs présentant les activités de chacun à un instant T. Pas de montage, pas de concept et presque pas de préparation en amont, les youtubeurs allument leur caméra, parlent entre eux pendant une quinzaine de minutes, et postent ça sur Internet. Résultat : près de 200.000 abonnés en deux mois.

Plus de monde et plus de vues

Pour Joyca, le regroupement des différents vidéastes n’est que « la suite logique de l’évolution de YouTube. » Si se filmer et parler à une caméra était une activité peu commune il y a dix ans, c’est devenu bien plus banal aujourd’hui. Après avoir diverti des millions de personnes à eux seuls, les youtubeurs ont fini par se rencontrer, sympathiser… et se regrouper.

S’il y a bien un avantage à faire partie d’un collectif, c’est celui d’accroître sa présence sur la plateforme. « C’est important d’apparaître souvent parce qu’il y a tellement de choix sur YouTube que moins tu es présent, moins on va se souvenir de toi », note Joyca. Entre ceux qui ne sortent qu’une vidéo par semaine et ceux qui se glissent tous les jours dans les vidéos des copains, le calcul est vite fait.

C’est ce qu’a remarqué Michou, fort de ses près de cinq millions d’abonnés. Lui retrouve notamment la Team Crouton l’été pour une semaine de vacances racontée au quotidien sur YouTube, et tout le reste de l’année dans son studio. « Chacun a sa spécialité. Valouzz [un autre membre de la Team Crouton] a une communauté plus âgée, du coup il y a des mecs plus âgés qui ne me connaissent pas forcément. Quand on se regroupe tous, ils se disent "c’est qui ce petit-là ?" », raconte-t-il. La réciproque est d’ailleurs tout aussi vraie car « il y a des jeunes qui ne connaissaient pas Valouzz et qui maintenant le regardent. » En clair, c’est donnant-donnant et tout bénef.

« Je ne me sens pas seul dans l’aventure »

Toutefois, ce ne serait pas honnête d’accuser les youtubeurs de se regrouper uniquement par intérêt économique. Chaque bande a une vision différente de ses forces et chacun ne travaille pas de la même façon. En revanche, tous se sont regroupés d’abord par affinités. « Les Croutons, ce sont mes meilleurs potes, c’est une force de fou pour moi, confie Michou. Je ne me sens pas seul dans l’aventure, ils sont avec moi. Si un jour j’ai un problème, je sais qu’ils vont pouvoir m’aider. »

S’ils allument souvent leur caméra quand ils sont ensemble, les youtubeurs réfléchissent également aux formats qui pourraient cartonner lorsque les lumières de leurs studios sont éteintes. Dans un élan créatif, chacun apporte ses propres envies et, ensemble, les copains vidéastes essayent de trouver l’idée qui les fera le plus marrer, tout en faisant grimper leur compteur d’abonnés.

Vie privée, vie publique

Même s’il gagne plus sa vie en se produisant sur scène et en vendant des albums, Bilal Hassani est lui aussi un youtubeur. C’est même sur le Net qu’il a rencontré son public, « tout seul comme un grand ». S’il s’affiche souvent sur YouTube aux côtés de Léna Situations, Sundy Jules et les autres membres de sa bande de potes, c’est d’ailleurs dans l’optique de s’éloigner du mythe de la star inaccessible.

Cette année, on a donc pu le voir régulièrement dans les vlogs d’août de Léna Situations, et le chanteur a également repris sa chaîne en main depuis quelques semaines avec un vlog hebdomadaire. Et la notion de collectif de youtubeurs, ça lui parle puisqu’il cohabite avec deux de ses amis, Sulivan Gwen et Sundy Jules, des stars de la plateforme. De quoi pousser davantage le vice ? « Je ne montre pas tout, il y a plein de choses que les gens ne savent pas, rétorque Bilal Hassani. On ne va pas se filmer en train de dormir, ce n’est pas une téléréalité. »

Pour éviter cet écueil, Léna Situations demande ainsi toujours à ses amis si elle peut appuyer sur « REC » avant de lancer l’enregistrement de ses vidéos. « On montre des activités de la vie quotidienne aux gens. C’est vrai, c’est authentique, on n’écrit pas notre truc », assure Bilal Hassani. Le jour où tout deviendra feint, nul doute que les internautes, eux, sauront trouver le bouton pour se désabonner.