« J'ai mis du temps à comprendre que les gens aiment la personnalité avant le concept », confie le youtubeur Joyca

INTERVIEW Joyca, nommé aux E! People’s Choice Awards, se confie sur sa carrière de youtubeur alors qu'il approche les quatre millions d’abonnés

Propos recueillis par Clément Rodriguez

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Joyca, beat maker et youtubeur aux quatre millions d'abonnés
Joyca, beat maker et youtubeur aux quatre millions d'abonnés — Spoutnik Agency

Sa chaîne a fêté ses quatre ans cette année et lui devrait célébrer ses quatre millions d’abonnés avant que 2021 ne pointe le bout de son nez. Cerise sur le gâteau, Joyca est nommé cette année aux E ! People’s Choice Awards, une cérémonie de récompenses cinématographiques, musicales et numériques, dans la catégorie « Social Star France ». Une vraie surprise pour ce youtubeur de 25 ans, originaire de Grenoble et avant tout passionné de musique.

Joyca revient pour 20 Minutes sur cette nomination, ses responsabilités en tant que youtubeur et la place de la musique sur YouTube.

Vous êtes nommé aux E ! People’s Choice Awards. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Je m’y attendais pas du tout. On m’a dit qu’on aimerait me nommer, et la première réaction que j’ai eue, c’était « pourquoi moi ? » (rires). Il y a plusieurs catégories de youtubeurs et d’influenceurs et ça me semblait étrange que je sois nommé dans cette catégorie « social star », d’autant plus que je suis plutôt humble sur le succès, j’ai du mal à en jouer, je devrais peut-être plus en vrai.

Est-ce que ça représente quelque chose de particulier pour vous ?

Ça fait plaisir parce qu’on me propose une récompense pour moi, pour la personne que je suis. Je trouve ça plutôt drôle. La personne qui m’a annoncé que j’étais nommé m’a dit que pour eux, c’était évident. Moi, je fais mes vidéos, je fais de la musique. Je ne m’y attendais pas du tout. La dernière fois que j’ai été nommé pour un truc, que j’ai passé l’étape d’un jury, c’était pour le M6 Mobile DJ Expérience en 2012.

Est-ce qu’il y a un format dans lequel vous vous amusez le plus sur YouTube ?

Pas vraiment. Ça va plus être un feeling avec le thème de la vidéo. Si c’est une vidéo réaction sur un sujet qui me parle, je vais être emballé de fou. Au même titre que si c’est une vidéo en extérieur dont j’ai eu l’idée la veille en allant me coucher, je vais être hypé de la même manière.

Tout est prétexte à faire une vidéo en fait ?

Ce que j’aime, c’est que j’ai hâte de voir ce que les gens vont penser, hâte de leur faire passer un bon moment. Les gens aiment vraiment la personnalité avant le concept, et ça me fait mieux comprendre pourquoi j’ai été nommé aux E ! People’s Choice Awards par exemple. Mais j'ai mis du temps à comprendre que les gens aiment la personnalité avant le concept. Certains le savent et en jouent très bien, mais pour d’autres, c’est plus compliqué de se le dire. Chez certains youtubeurs, c’est l’inverse, il faut qu’ils aient un concept fort pour marcher. Parfois, je me dis « Ah quand même, deux millions de personnes ont vu cette vidéo ? C’est 24 stades de France remplis ! »

En ce moment, le cœur de votre chaîne, ce sont les vidéos réactions. Pourquoi ce style a-t-il encore autant de succès aujourd’hui ?

C’est un peu le même principe qu’à l’époque où on regardait tous un film à 20h50 à la télé, tu ne te sentais pas tout seul à regarder quelque chose, tu regardais probablement avec la France entière. C’est un peu le même effet avec les vidéos réactions. C’est ponctué de vannes ou pas, mais c’est quelqu’un avec qui tu aimerais être posé dans ton salon et vous regardez un truc ensemble. C’est vraiment le côté « on est ensemble ». Et c’est aussi facile à consommer. Quand tu as bossé toute la journée, ou après une journée en cours, tu n’as pas forcément envie de regarder une vidéo qui va t’expliquer la physique quantique. C’est une manière de décompresser qui, je pense, parle à un grand nombre de personnes.

Est-ce que vous avez l’impression d’avoir une grosse responsabilité quand vous voyez que vous gagnez des centaines de milliers d’abonnés chaque année ?

C’est un grand débat qui revient de temps en temps. Si je m’adresse à des adultes, je suis libre de pouvoir dire ce que je veux tant que je ne mets personne en danger ou que je ne diffuse pas de messages néfastes. Il y a énormément de jeunes qui nous regardent, ça va de très jeune, de plus en plus jeune, à très vieux, et souvent on nous dit qu’on a une responsabilité vis-à-vis des enfants parce qu’on est un peu des exemples pour eux. Je suis à moitié d’accord avec ça. Quand on a de l’influence, on a une responsabilité, c’est vrai. Mais d’un autre côté, c’est aussi aux parents d’avoir le contrôle sur ce que leurs enfants regardent. C’est un truc où certains parents sont complètement dépassés parce que tout est très facile d’accès. Donc de mon côté j’essaie de faire attention tout en restant moi-même.

Depuis le temps que YouTube existe, les parents devraient quand même être sensibilisés…

Quand on parle de youtubeurs, au début c’était juste des gens qui étaient dans leur chambre, qui ont allumé une caméra et qui parlaient sur Internet. Aujourd’hui, ça se professionnalise beaucoup. Il y en a qui créent des émissions dans lesquelles tout est lisse, tout est « clean ». On a quand même une responsabilité de ce que l’on va dire parce que cela aura un impact sur les gens en face de nous, on s’en rend peut-être moins compte parce qu’on est sur Internet et que c’est beaucoup plus libre que d’autres médias. À partir du moment où tu as une voix qui porte, tu as une responsabilité. En tant que youtubeur, on ne doit pas faire l’éducation des gens, qu’ils soient mineurs ou adultes. Certains sont là pour divertir, pour faire rire, d’autres pour parler d’actualité ou de faits historiques. Chacun fait à sa manière et c’est ce qui est beau avec YouTube.

De plus en plus de youtubeurs se lancent dans la chanson. Vous, vous faisiez de la musique avant d’être youtubeur. Qu’est-ce que vous pensez de ce phénomène ?

La musique est devenue un terrain de jeu facilement accessible pour tous, y compris les youtubeurs. Aujourd’hui, il y a plus de gens qui savent s’enregistrer et utiliser de l’auto-tune. Là où beaucoup se disaient que c’était inatteignable avant, c’est devenu presque aussi facile que faire des vidéos. Aujourd’hui, tu peux être très mauvais en chant, en rythme, et tu peux quand même sortir un son qui sera écouté des millions de fois.

Mais n’y en a-t-il pas trop ?

Je ne pense pas, le plus important c’est le public. C’est lui qui a le pouvoir de « valider » un son ou un artiste, s’il y a des gens qui écoutent, c’est que ça plaît ! En vrai, tu peux faire une musique en une après-midi. C’est marrant parce que beaucoup de youtubeurs font de la musique comme si c’était une suite logique. Il y a ce côté où il faut évoluer vers un gros projet. La musique fait partie des projets d’évolution, un peu comme les courts-métrages à une époque. La manière dont la musique est accessible permet des choses que l’on n’aurait pas vues parce que les gens n’auraient pas osé le faire. Pour certains, c’est une manière de sortir de sa zone de confort et d’explorer, et pour d’autres, un rêve de longue date. Globalement, je trouve ça cool que ce soit accessible au plus grand nombre.

Est-ce qu’un jour vous voudriez vous lancer dans une activité parallèle à YouTube, exclusivement dans la musique ?

Tant que je me fais plaisir sur YouTube, je continue. Je ne voudrais pas me détacher de YouTube parce qu’il y a tellement de choses à faire, c’est infini. Je fais des prods, je compose énormément, je fais beaucoup d’instrus, sur lesquelles je m’amuse à poser ou pas. Composer pour des artistes, sortir un EP, ce sont des choses possibles qui me plaisent et j’aime surprendre. Je veux juste que ce soit un kiff à chaque fois que j’entreprends quelque chose, et comme ça je n’aurais qu’une envie, c’est de le partager à toute ma communauté.