Des Youtubeurs plongent dans les archives de presse à la recherche de trésors cachés de l’histoire

SECRETS D'HISTOIRE La Bibliothèque nationale de France s’est associée à neuf Youtubeurs pour faire découvrir au public des histoires méconnues du passé. Ludique, pédagogique et intrigant, c’est un carton plein

Clément Rodriguez

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18 vidéos sur de curieux faits historiques seront publiées
18 vidéos sur de curieux faits historiques seront publiées — Retronews
  • Faire découvrir les archives de la presse de façon amusante, c’est le pari qu’a relevé la Bibliothèque nationale de France.
  • En s’associant à neuf Youtubeurs, la BNF veut remettre au goût du jour des événements oubliés de l’histoire.
  • Étienne Manchette et Benjamin Brillaud ont participé au projet. Ils expliquent à 20 Minutes pourquoi il est important et universel.

Plonger la tête la première dans le passé, feuilleter des dizaines de pages à la recherche d’une histoire, ou de la sienne, c’est possible même en période de coronavirus, alors que les Archives nationales restent fermées au public jusqu’à nouvel ordre. Depuis plusieurs semaines, Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, s’est associé à neuf Youtubeurs pour partager des tranches de vies qui se sont déroulées il y a 100, 200 ou 300 ans. On y parle de vol de la Joconde, de femmes tueuses et de parc de loisirs à Paris, le tout en trois minutes. Et c’est captivant.

Le projet, lancé l’année dernière, est avant tout une aventure collective. Les neuf vidéastes (Nota Bene, Aude GG, Léa Bello, Axolot, Doc Géraud, Art comptant pour rien, On se laisse la nuit, Science de comptoir, et Florence Porcel) ont été contactés pour conter des histoires autour de thèmes qui leur sont chers, tels que les sciences, la littérature, le féminisme. Pour Benjamin Brillaud, c’est l’histoire. « Quand je me plonge dans les archives, j’ai l’impression d’enfiler une casquette de Sherlock Holmes et de partir à l’aventure », raconte-t-il à 20 Minutes. Pour lui, qui est le créateur de la chaîne Nota Bene (1,3 million d’abonnés), le défi était de valoriser les archives. « Si le public aime l’histoire, il ne va pas spontanément au contact de l’archive. L’objectif de cette série, c’est de montrer au public que cela peut être amusant d’aller fouiller dans ces archives et de découvrir l’Histoire. »

10 millions de pages à découvrir

Et il y a de quoi faire ! Retronews, c’est 700 titres de presse en ligne, soit 10 millions de pages. Mais le site de la BNF ne compte pas s’arrêter là. L’objectif, en début d’année prochaine, est de cumuler 1.500 titres et 20 millions de pages. « Cette densité fait l’excitation, explique Étienne Manchette, responsable contenus et partenariats à la BNF. Ce qui nous intéresse, c’est de narrer tout ce que raconte un journal, du gros titre à tout le derrière qui fait la petite histoire. » Avec les 18 vidéos publiées sur sa chaîne YouTube, Retronews compte vulgariser les archives, créer des histoires et plonger les internautes dans des moments d’Histoire.

De la Gazette de Renaudot en 1631 jusqu’à la fin des années 50, les outils de Retronews permettent de naviguer à travers trois siècles d’archives et d’avoir une plus large vision du passé. « Il y a un premier champ très connu qu’on apprend à l’école, mais le hors-champ occupe 95 % du volume d’information retranscrit dans les journaux », relate Étienne Manchette. Pendant six mois, les équipes de Retronews et la Générale de Production ont donc cumulé les heures de recherches, de mise en scène et de production, afin de proposer le contenu le plus ludique possible. Avec son format court et son aspect décalé, le projet parvient à convaincre le spectateur dès les premières secondes.

Des archives à la généalogie

Il y a plusieurs semaines, Benjamin Brillaud a abordé le thème de la généalogie dans l’une de ses vidéos, et a parcouru les archives de Retronews. Résultat : le site n’était plus accessible pendant un temps suite à de trop nombreuses connexions. « Il y a un vrai engouement du public auprès des archives quand elles sont valorisées, note le créateur. La matière brute est géniale, et quand on la rend accessible, tout le monde y gagne. » Les Français, dont l’appétence pour la généalogie est croissante, peuvent donc être rassasiés grâce à la presse, et toutes les histoires qui en découlent. Votre arrière-arrière-grand-père a-t-il été au centre d’une affaire criminelle ? Vos ancêtres ont-ils participé à une grande avancée ? Autant de questions auxquelles vous pouvez trouver des réponses grâce à la presse.

Les formats web permettent à un nouveau public de s’intéresser à la question de la généalogie et des archives. « Elles sont colossales. La clé, c’est la narration. C’est ce qui fait la transmission, la vulgarisation », assure Étienne Manchette. Cette collaboration a pour but premier d’élargir le public des archives, mais aussi de sensibiliser à la question de la numérisation de la presse, « un chantier excessivement important à la BNF à cause du dépérissement de ces collections. » En attendant de pouvoir les consulter à nouveau pour de vrai, le pari de découvrir les archives de presse sur YouTube est réussi.