Grossophobie : Des internautes se mobilisent contre la censure de la couverture de « Télérama » par Instagram et Facebook

RÉSEAUX SOCIAUX La une du magazine représentant l'activiste et DJ Leslie Barbara Butch a été censurée par les algorithmes d'Instagram et Facebook

Mathilde Loire

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Grossophobie : Des internautes se mobilisent contre la censure de la couverture de « Télérama » par Instagram et Facebook — 20 Minutes

La censure des algorithmes a encore frappé sur Instagram et Facebook. Cette fois-ci, ce sont l’activiste et DJ parisienne Leslie Barbara Butch et le magazine Télérama qui sont concernés.

L’hebdomadaire culturel a publié ce mercredi son nouveau numéro. A la une, un dossier intitulé «Pourquoi on rejette les gros», dédié à la grossophobie, c’est-à-dire les discriminations et formes d’oppressions envers les personnes grosses. La photo de couverture, signée Jérôme Bonnet, fait poser Leslie Barbara Butch, DJ, modèle et activiste engagée pour les droits LGBT+ et contre la grossophobie.

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Leslie Barbara Butch par Jérôme Bonnet. Grossophobie : mais pourquoi rejette-t-on les gros ? La France compte environ six millions et demi d’obèses et près de deux millions de personnes souffrant de surpoids. Or rien n’est fait pour eux. Les métros, les bus, les tramways : la plupart du temps, non équipés de sièges ad hoc. Les écoles, dotées d’un mobilier standard, et tant pis pour les enfants qui se cognent chaque jour les jambes contre les tables. Les hôpitaux, dont les lits sont rarement capables d'accueillir des gens de plus de 120 kilos, et où les blouses sont attribuées d’office aux patients, même s’ils ne peuvent pas les fermer. Sans compter qu’à Paris seuls deux hôpitaux publics proposent des IRM version XXL ! À cela s’ajoute ce qui ne se mesure pas : le rejet social assumé, de la part de collègues, de serveurs, de vendeurs, ou même de médecins. « La société ne veut pas de moi, et elle me le prouve », dénonce la militante Gabrielle Deydier. Avec d’autres, elle s’attaque à la grossophobie, discrimination insidieuse qu’on ne veut pas voir. Grâce à ces femmes, il semble que les choses soient en train de bouger… Leslie Barbara Butch, modèle et fat activist,est aussi engagée contre les exclusions de toutes les minorités. @barbaraxbutch @barbarabutch #lesliebarbarabutch #barbarabutch Retrouvez dans Télérama et sur telerama.fr l'enquête de Valérie Lehoux. 📷 @jjjbonnet @gabrielle_deydier @dariamarx @queenmafalda @gaelleprudencio #GabrielleDeydier #grossophobie #fatphobia #fatacceptance #fatactivist #allbodiesarevalid #bodypositive #stopgrossophobie Coiffure @kevinjacotot Maquillage @dynadagger Post Prod @processusphoto Design @loranstosskopf Capture @neoncaptureofficiel ✍️ @valerie_lehoux

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« Ni sexe, ni téton, mais beaucoup de peau. Trop, apparemment »

« La photo de Leslie Barbara Butch ne montre ni sexe, ni téton, évidemment, mais beaucoup de peau. Trop, apparemment, pour les réseaux sociaux », écrit le journaliste de Télérama Thomas Bécard dans un billet ce jeudi.

En effet, si les publications du magazine sur les réseaux sociaux ont pu être postées sans problème, plusieurs internautes, dont Leslie Barbara Butch elle-même, ont subi la censure d’Instagram en partageant cette une. « Lorsque [Leslie Barbara Butch] a voulu mettre en "story" la couverture de notre magazine, son compte Instagram a été fermé brutalement, écrit Thomas Bécard. Avant d’être rétabli, 24h après… Uniquement parce qu’elle avait une connaissance chez Instagram France. »

« Je suis invisibilisée »

Un porte-parole d’Instagram a déclaré dans un communiqué à l’hebdomadaire : « Nous souhaitons qu’Instagram soit un endroit inclusif où tout le monde se sente assez à l’aise pour être lui-même. Le contenu a été retiré par erreur et nous en sommes désolés. Il a depuis été rétabli. » Mais, selon le magazine, d’autres internautes sont toujours empêchés de poster cette couverture. Un lecteur témoigne aussi, dans un courrier, avoir reçu une menace de censure pour avoir tenté de partager la Une de Télérama.

« Je suis invisibilisée, a déclaré Leslie Barbara Butch à Télérama, on ne peut plus commenter mes stories, on ne retrouve plus mon compte dans le moteur de recherche du réseau, on ne peut plus me mentionner… Ce genre de censure, c’est grave, ça n’arrive que pour les gros. » Car ce n’est pas la première fois que l’activiste voit son compte ou ses publications supprimées. A plusieurs reprises, ces dernières semaines, elle a témoigné de la suppression de certaines de ses publications, et a reçu des menaces de suppression de compte de la part d’Instagram.

#Niquelagrossecensure

En réponse, Leslie Barbara Butch a lancé les hashtags #barbarabutchchallenge et #niquelagrossecensure, et a encouragé ses abonnés et les internautes à continuer de partager cette photo. De nombreux utilisateurs et utilisatrices d’Instagram ont répondu à l’appel, partageant la une en story ou dans les publications ces derniers jours. L’écrivaine Virginie Despentes a elle-même posé avec le numéro de Télérama à la main, sur une photo postée par Leslie Barbara Butch.

La couverture de Télérama n’est pas un cas isolé. A l’instar de Leslie Barbara Butch, les personnes grosses voient fréquemment Instagram supprimer certaines de leur publication, lorsque les algorithmes du réseau social jugent qu’il y a trop de « nudité » ou que les photos sont à « caractère sexuel » – et ce même, lorsque aucun téton ou partie génitale n’est visible. Par exemple, il y a un an, le Huffington Post rapportait l’histoire d’une photo avec une mannequin grande-taille (56) en sous-vêtement qui avait été supprimée par le réseau social.