Données personnelles : Les internautes ont-ils vraiment envie de mieux les protéger ?

VIE PRIVEE Au cours des dernières années, plusieurs scandales concernant les données personnelles ont fait l’actualité. Sont-elles mieux protégées aujourd’hui ?

Kesso Diallo

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Illustration des données personnelles
Illustration des données personnelles — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA
  • Le 28 janvier est la journée mondiale de la protection des données
  • Ces dernières ont été au cœur de plusieurs scandales.
  • Leur protection reste un enjeu majeur et complexe.

Le 28 janvier, une journée mondiale pour sensibiliser le grand public sur l’importance de la protection des données. Elle a lieu tous les ans depuis 2007. Et le moins que l’on puisse, c’est qu’elle reste d’actualité. Avec les scandales de plusieurs entreprises, notamment l’affaire Cambridge Analytica en 2018, la protection des données personnelles est toujours un sujet central. Ces dernières correspondent aux informations permettant d’identifier une personne de manière directe ou indirecte comme le nom, le prénom, l’adresse, le numéro de téléphone ou une photo. Elles sont l’or noir de l’économie numérique, mais les individus ne savent pas forcément comment les protéger. Des lois comme le Règlement général sur la protection des données (RGPD) ont néanmoins été mises en place pour réguler leur collecte.

Retour en arrière pour ceux de fond qui n’ont pas suivi. Entré en vigueur en mai 2018, le RGPD est un texte européen qui redéfinit les droits des citoyens et les obligations des entreprises en matière de données personnelles. Il couvre également les données sensibles telles que la préférence sexuelle, l’orientation politique ou l’origine ethnique, susceptibles de donner lieu à des pratiques discriminatoires. En plus d’avoir accès à leurs propres données et de pouvoir les modifier, les utilisateurs ont également la possibilité de s’opposer à leur utilisation.

Avec ces scandales et ces lois, les utilisateurs ont-ils décidé de mieux protéger ses données personnelles ?

Le RGPD, une solution concrète ?

Depuis l’entrée en vigueur du RGPD, le nombre de plaintes adressées aux autorités nationales de protection des données personnelles a considérablement augmenté. En mai 2019, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avait ainsi reçu plus de 11 900 plaintes​ en un an. « Avec le RGPD, il y a cette obligation de notifier toutes les violations de données personnelles. Il y a beaucoup plus de scandales, on est beaucoup plus au courant qu’avant s’il y a des problèmes », explique Zoé Vilain, représentante Europe de Jumbo Privacy et avocate associée chez 1862 Avocats. Elle considère que l’utilisateur est plus sollicité par rapport à ses données avec cette loi et que les gens ont tendance à s’interroger davantage sur les données qu’il fournisse et ce que les sociétés en font. En revanche, le RGPD n’est pas une solution concrète permettant aux utilisateurs de protéger leurs données pour elle : « C’est assez indigeste donc je ne suis pas sûre que cela ait donné de bonnes clés de lecture au grand public. »

D’un autre côté, certaines personnes pensent qu’elles n’ont pas besoin de protéger leurs données car elles n’ont rien à cacher. Pour le lanceur d’alerte Edward Snowden, cela équivaut à dire que vous ne vous préoccupez pas de la liberté d’expression car vous n’avez rien à dire.

Les réseaux sociaux, mauvais élèves

Je sais qu’on utilise mes données mais je m’en fiche : c’est l’un des deux « mouvements » observés actuellement d’après Zoé Vilain chez les utilisateurs d’Internet. L’autre correspond à la volonté de certains de monétiser leurs données. Le « California Consumer Privacy Act », l’équivalent californien du RGPD entré en vigueur le 1er janvier 2020 crée d’ailleurs un cadre permettant de vendre ses données personnelles, ce qui pourrait créer davantage d’inégalités. « Comment est-ce qu’on va savoir que la vie privée de quelqu’un vaut plus que celle d’un autre ? », explique la représentante Europe de Jumbo Privacy.

Conçue par Pierre Valade, Jumbo est une application dont l’objectif est de proposer aux utilisateurs un moyen simple de gérer et protéger leur vie privée. Il est ainsi possible d’y effacer les tweets datant d’un jour à trois mois sur Twitter, de supprimer l’historique de recherche sur Google ou les enregistrements audio réalisés par Alexa. Les contenus sont par ailleurs stockés sur le téléphone. Presque tout le monde utilise les réseaux sociaux aujourd’hui, mais ces services sont les moins protecteurs des données personnelles comme l’explique Zoé Vilain. « On ne se rend pas compte des effets, on pense qu’Internet, c’est du virtuel alors que c’est notre vie réelle maintenant ». Autrement dit, c’est comme si vous aviez quelqu’un qui vous suivait toute la journée dans la rue, et ramassait les pièces que vous faites tomber de vos poches.