« Twitter est devenu la poubelle des réseaux sociaux », selon nos internautes

VOUS TEMOIGNEZ Trente-huit millions de Français utilisent les réseaux sociaux. L’écrasante majorité y consacre une partie de leur temps de manière quotidienne

T.L

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Les réseaux sociaux, une drogue dure source d'anxiété ?
Les réseaux sociaux, une drogue dure source d'anxiété ? — Pixabay
  • En moyenne, les Français restent plus d’une heure par jour sur les réseaux sociaux.
  • Partage de photos ou de vidéos, multiplication des sources d’information, création de stories… Leurs fonctions ne cessent d’évoluer et de se multiplier.
  • Cependant, les revers de la médaille sont nombreux : chronophagie, accroissement des « fake news », augmentation des commentaires haineux et même une forme de déshumanisation où la vie virtuelle prend le pas sur la vie réelle.

Et s’il était l’heure de poster une vidéo de chatons sur Facebook ? Ou de tweeter notre effarement quant à une info qui fait le buzz (#scandale) ? A moins que mettre en ligne sur Instagram la géniale story que nous venons de créer, ne puisse attendre ? Il faudrait aussi penser à soigner notre profil Linkedln et notre personal branding afin de se démarquer aux yeux des employeurs. Le soir venu, entre deux vidéos YouTube, ne pas oublier de se connecter sur un réseau social de rencontres pour trouver l’aventure d’une nuit ou – qui sait – l’âme sœur.

Vous l’aurez compris, les réseaux sociaux ont le chic pour nous rendre complètement dépendants. Et les effets sont parfois catastrophiques. Face au déluge de commentaires haineux, de partage de liens aux infos douteuses, de photos supposément parfaites exposées à grands coups de Photoshop, le trop-plein de réseaux sociaux peut finir par nous rendre un peu dingues. Nos internautes ne s’y trompent pas et nous racontent en quoi les réseaux sociaux peuvent devenir franchement anxiogènes.

« Je suis pris de nausée à chaque connexion »

Facebook rend malade Grégouille au point d’être « pris de nausée à chaque connexion ». Il dénonce pêle-mêle « le déballage constant de la vie des gens », « des storytellings pathétiquement faux », « le caractère haineux des commentaires et réactions » ou encore « le "toujours plus" pour obtenir un clic/un like ».

Micka n’est pas loin de partager ce constat. Elle a pris une décision radicale : supprimer son compte Facebook. « J’y passais trop de temps soit à regarder des vidéos mignonnes ou débiles, soit à répondre à des commentaires sur des sujets qui me tiennent à cœur. » La création de Mark Zuckerberg était devenue une addiction qui empiétait sérieusement sur sa sociabilité. Au final, cette résolution lui a permis de reprendre pied dans la « vraie » vie : « Aujourd’hui, je choisis de prendre des nouvelles de mes amis en "vrai" quand j’en ai envie ou besoin. Je me sens beaucoup mieux et moins envahie. »

Si Ambre est tout aussi critique vis-à-vis de Facebook, elle trouve Twitter encore bien plus angoissant. Elle s’est inscrite sur Facebook en 2011 et sur Twitter en 2014. Elle a tout arrêté en 2016. A propos de Twitter, elle s’insurge contre son caractère « très violent » et décrit un réseau social rongé par les « fausses nouvelles, les fausses vidéos qui datent, les photos truquées ». Complètement addict, elle vivait et pensait réseaux sociaux en permanence : « Après le travail, je n’avais qu’une hâte, rentrer chez moi, et me connecter toute la nuit, à me battre et débattre sur le ring face à des profils tout aussi haineux que le mien. Je n’étais plus moi, je suis devenue véritablement une autre personne. » Comme si elle était enfin sortie d’une secte, elle souligne les dangers supposés de Facebook et de Twitter : « Ils altèrent votre personnalité et quand j’y pense, j’en frissonne d’horreur. »

Instagram aussi insupportable que Twitter ?

Sur Facebook et encore plus Twitter, les insultes peuvent pleuvoir avec une facilité déconcertante. Pour Mike, Twitter est devenu « la poubelle des réseaux sociaux » où les gens sont « aliénés ».

Et Instagram alors, souvent considéré comme « le plus gentil » des trois ? Pour Tokyo, il est source de stress et de… déprime. Il explique : « Si tu n’as pas une estime de toi relativement solide et que tu sais qui tu es, Instagram peut de faire découvrir des complexes que tu n’as pas. » Et si vous n’avez pas touché le fond, il enfonce le clou : « Quand tu vois les insta modèles, tu n’as qu’une envie de blâmer tes parents de ta tronche asymétrique et courir faire un crédit pour une chirurgie globale. »

Plus fort encore, les réseaux sociaux de rencontres sont également touchés par cette surenchère d’angoisse. Philippe utilise Grindr qui permet des rencontres entre homosexuels et se lamente d’un mode de fonctionnement assez anxiogène : « Focalisation extrême sur la sexualité, peu de convivialité dans les échanges, jugement de valeur sur le physique, l’âge avec quelquefois de l’agressivité ». Le résultat trouvé devient alors inverse à celui recherché : « Cela renforce avant tout le sentiment de solitude et de dépréciation de soi pour qui n’est pas suffisamment solide psychologiquement. »

Quand les réseaux sociaux se transforment en drogue dure

Hélène a 55 ans, elle a un itinéraire parfait, diplômée d’une grande école, parlant cinq langues et pourtant, complètement accro « notamment à Facebook et à WhatsApp ». Elle y passait jusqu’à dix heures par jour, une vraie addiction : « De ne pas avoir mon iPhone pouvait me donner des palpitations. Je ne parlais plus aux gens dans la même pièce que moi. J’utilisais mon téléphone en conduisant. »

Aujourd’hui, elle est en pleine cure de désintoxication, elle se limite à « trois heures par jour. » Dans cette tâche, elle est aidée par des amies : « J’ai mis en place un système avec deux copines où une fois par semaine, j’envoie une photo de mon utilisation. » Toutefois, elle n’est pas guérie pour autant : « Même si ça va mieux, la première chose que je fais le matin est d’attraper mon téléphone et je m’endors avec lui également. Je l’ai toujours sur moi avec deux batteries chargées et plein de câbles. »