Accusée de transphobie, la mannequin Carissa Pinkston a prétendu être elle-même trans

MENSONGE Elle a avoué qu'elle avait menti sur Instagram puis dans une interview à Buzzfeed

M. L.

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La mannequin Carissa Pinkston
La mannequin Carissa Pinkston — Lexie Moreland/WWD/REX/Shutterstock/SIPA

Carissa Pinkston, une mannequin de 20 ans, a prétendu être une femme trans pour justifier des propos transphobes qu’elle avait tenus sur les réseaux sociaux. Connue pour ses taches de rousseur et ses photos haute couture, la jeune femme travaillait pour des grands noms de la mode, notamment la marque Fenty.

Renvoyée par son agence, Elite Model Management, après que ses propos transphobes ont été dévoilés, elle a tenté de se sortir d’affaire en prétendant qu’elle était elle-même trans… Avant de faire marche arrière fin juillet. Une affaire aux multiples rebondissements que 20 Minutes vous récapitule.

Mai-Juin : les commentaires transphobes

Dans plusieurs publications sur Instagram, depuis supprimées, et sur son compte Facebook personnel « Rissa Danielle », Carissa Pinkston publie des commentaires transphobes. « Être transgenre ne fait pas de vous une femme. Cela fait de vous seulement une personne trans », « Les femmes trans ne connaîtront jamais la douleur des crampes menstruelles, de la grossesse, etc, les femmes doivent être différenciées », écrit-elle ainsi sur Instagram, rapporte The Daily DotLe 5 juin, elle écrit sur Facebook : « Si les personnes trans peuvent dire qu’elles sont des femmes, je peux récupérer ma virginité. »

Début juillet : sa transphobie dénoncée

Ce n’est qu’au mois de juillet que ces messages, aujourd’hui supprimés par la principale concernée, refont surface. Des internautes qui en ont fait des captures d’écran les partagent sur les réseaux sociaux. En réaction, l’agence qui l’emploi, Elite Models Management, met fin à son contrat.

22 juillet : le faux « coming-out »

Sur Instagram, dans une publication supprimée depuis, Carissa Pinkston annonce avoir été virée par son agence, puis affirme être elle-même trans. « Je n’étais pas encore prête à passer aux aveux mais je me suis fait virer et j’ai reçu des courriers haineux, je suis donc forcée de dire la vérité. Je suis Transgenre. J’ai fait ma transition très jeune et j’ai vécu ma vie comme une femme depuis. »

De nombreux utilisateurs d’Instagram lui apportent leur soutien, jusqu’à ce que plusieurs commentaires de gens qui la connaissent sèment le doute. Aleece Wilson, OddFreckles sur Instagram, une de ses collègues, l’accuse de mentir quelques heures après. « C’est terrible et dégoûtant que tu mente à des milliers de gens. Ce truc d’influence est triste », commente la mannequin. Interrogée par un autre internaute, Aleece Wilson explique : « Je ne crois pas qu’elle soit transgenre. J’ai vu des photos de Carissa bébé, je l’ai vue entièrement nue, je l’ai fréquentée assez longtemps pour la connaître entièrement. » « Carissa, nous avons littéralement tous été à l’école avec toi. Partagé un vestiaire. Pourquoi est-ce que tu mens ? » demande Dania Ayala, une ancienne camarade d’école.

Des mannequins noires et réellement trans s’indignent à leur tour, notamment la mannequin Aaron Philip, qui travaille comme Carissa Pinkston pour Elite. « Imaginez être un modèle qui a été exposé pour des commentaires extrêmement transphobes et se retrouvant à mentir et prétendre être transphobe en ligne pour essayer de sauver votre carrière ? Je connais cette personne en ligne et elle est réellement cisgenre [son genre correspond à son sexe biologique assigné à sa naissance, ndlr] », écrit-elle le 23 juillet sur Twitter.

27 juillet : les aveux

Carissa Pinkston reconnaît avoir menti dans des excuses publiées sur Instagram, puis supprime sa publication.

« Je demande pardon pour les remarques transphobes que j’ai pu faire envers la communauté Trans. J’ai paniqué et j’ai pensé que si je faisais mon coming-out Trans je pourrais améliorer les choses pour moi-même mais on dirait que je les ai juste fait empirer. Je suis vraiment désolée. J’ai seulement 20 ans et je suis humaine », écrit-elle, affirmant ne pas vouloir laisser ses erreurs la « définir ».

30 juillet : l’interview

Le média Buzzfeed News obtient une interview de Carissa Pinkston : la mannequin a d’abord demandé à être payée pour une interview, mais a rappelé la journaliste de BuzzFeed News quand celle-ci a refusé. Elle affirme « prendre ses responsabilités » et qu’elle n’est « clairement pas transphobe ». Elle insiste toutefois au début de l’interview : « Je me sens clairement comme une personne trans d’une certaine manière – au lycée j’ai subi du harcèlement. Je me souviens être à l’école quand j’étais petite, et prendre des mouchoirs et essayer de les mettre dans mon t-shirt. » Quand la journaliste lui demande si elle a menti en faisant un coming-out, Pinkston répond : « La seule raison pour laquelle j’ai menti était à cause des menaces de mort. Et j’avais peur, donc j’ai cru qu’ils m’accepteraient seulement si je disais que j’étais trans », avant d’ajouter « j’ai eu une expérience de ce qu’une personne transgenre traverse. »

Les personnes trans restent extrêmement discriminées dans le monde et notamment aux Etats-Unis, d’où Carissa Pinkston est originaire. Nombre d’entre elles sont victimes de harcèlement sur les réseaux sociaux, mais aussi d’agressions physiques. Ainsi, selon l'ONG Human Rights Campaign, au moins 26 personnes trans ont été tuées aux Etats-Unis, en majorité des femmes trans noires. En France, 98 % des personnes trans interrogées lors d'une enquête sur les LGBTphobies avaient déclarée avoir été victimes d’agressions.