La sœur de Mark Zuckerberg accuse les réseaux sociaux d'avoir servi de porte-voix à la misogynie

CYBER-VIOLENCE Donna Zuckerberg a critiqué les réseaux sociaux à l’occasion de la parution de « All Dead White Men, Classics and Misoginy in the Digital Age » (Harvard University Press)…

L. B.

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Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, en 2013.
Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, en 2013. — Marcio Jose Sanchez/AP/SIPA
  • Dans son livre All Dead White Men, Classics and Misoginy in the Digital Age, la sœur de Mark Zuckerberg accuse les réseaux sociaux - Facebook, en tête - d’avoir servi à diffuser une nouvelle forme de misogynie.
  • Ce qu’elle nomme « la manosphère » utilise les textes et les figures de la Grèce et de la Rome antique pour servir un discours misogyne et suprémaciste.
  • En parallèle, Facebook est empêtré dans un nouveau scandale lié à une campagne de dénigrement contre ses détracteurs.

Au sein de sa propre famille, Mark Zuckerberg doit faire face à des critiques. Sa sœur, Donna, s’est exprimée dans les colonnes du Guardian dimanche dernier, à l’occasion de la parution de Not All Dead White Men, Classics and Misoginy in the Digital Age (Harvard University Press). Elle porte un nouveau coup à Facebook, le premier réseau social au monde, déjà bien fragilisé par les récents scandales.

« Un ressentiment commun contre les femmes »

Selon elle, les réseaux sociaux ont largement contribué à la propagation des idées misogynes et racistes. Pire, ils ont même permis de passer un palier dans le discours de haine. Spécialiste de la Rome antique et diplômée de Princeton, la cadette du patron de Facebook a passé deux ans à sillonner les coins les plus reculés de l’Internet et elle a repéré une nouvelle forme de misogynie qu’elle a nommée « la manosphère ». Cette classification regroupe les idées de plusieurs groupes d’extrême droite, des « Incels » (ou « Involuntary celibates », des hommes célibataires qui n’ont pas choisi de l’être et qui tiennent la femme pour responsable de cette situation), des soutiens au «  Make America great again » de Donald Trump. En somme, un melting-pot de trolls masculinistes de tous horizons.

« J’ai commencé par curiosité », explique-t-elle au quotidien britannique. « Il existe, en ligne, des communautés que nous classons sous la terminologie de « pilule rouge » (des personnes qui, en référence à Matrix, pensent voir le monde tel qu’il est). Ce sont des hommes liés par un ressentiment commun contre les femmes, les immigrants, les personnes de couleur », souligne-t-elle. « Ce qui m’a étonnée, c’est la façon dont ils utilisent les figures et les textes de la Grèce et de la Rome antique pour soutenir un idéal de masculinité blanche ». Et, le plus étonnant, selon elle, c’est l’utilisation de la philosophie helléniste pour donner un sens à la douleur et aux difficultés dont croient souffrir ces Occidentaux de race blanche du XXIe siècle.

Trump a renforcé la « manosphère »

« Le monde antique était profondément misogyne, poursuit Donna Zuckerberg. A cette époque, il n’y avait pas de mot pour parler du viol, le féminisme n’existait pas et les actions des femmes étaient déterminées par les hommes de la famille. Mais, aujourd’hui ces textes sont déformés et sortis de leur contexte sur Internet pour servir une campagne misogyne et les objectifs des suprémacistes blancs. Ce n’est pas seulement toxique, c’est dangereux ». Les réseaux sociaux ont permis de donner plus d’échos à ces idées. Et elle ne cache pas que Facebook est le principal porte-voix de cette manosphère. Mais ce n’est pas la seule explication de cette visibilité accrue. Pour la sœur de Mark Zuckerberg, l’élection de Donald Trump a « renforcé la manosphère. Leur idéologie est encore plus véhémente et ces voix de plus en plus visibles sur la Toile ».

En parallèle, Mark Zuckerberg est empêtré dans un nouveau scandale. Une enquête du New York Times accuse le réseau social d’avoir orchestré une campagne de dénigrement contre ses détracteurs. Ce n’était peut-être pas le moment d’être critiqué par sa sœur…