L'arrivée des symboles nazis dans les jeux vidéo fait polémique en Allemagne

SCANDALE Longtemps interdits car jugés dangereux pour les enfants, croix gammées et salut hitlérien arrivent cette semaine dans les jeux vidéo en Allemagne et créent le malaise...

C.B. avec AFP

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Une croix gammée géante a été découverte sous un terrain de sport à Hambourg, en Allemagne.
Une croix gammée géante a été découverte sous un terrain de sport à Hambourg, en Allemagne. — Christian Charisius/AP/SIPA

Une révolution qui crispe. Through the Darkest of Times est le premier jeu vidéo commercialisé en Allemagne illustrant sans filtre la période nazie. Jusqu’à présent, croix gammées et salut hitlérien étaient interdits de figuration dans les jeux vidéo car jugés dangereux pour les enfants. Et cette (r) évolution, mise en place au nom de la liberté artistique, suscite des critiques.

Dans Through the Darkest of Times, le joueur incarne un résistant au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale. Les ennemis du IIIe Reich sont clairement identifiables : les croix gammées remplacent les triangles noirs sur fond rouge utilisés jusqu’ici, les saluts nazis sont bien visibles et Hitler, auparavant jamais identifié sous son vrai nom, retrouve sa moustache.

« Tout un aspect de l’histoire était passé sous silence »

Avant, « parce que les développeurs craignaient de dire de quoi il s’agissait, ils inventaient des choses fantaisistes. Hitler ne s’appelait plus Hitler mais Heiler et n’avait plus de moustache, et il n’y avait plus de Juifs mais des traîtres. C’est problématique parce que tout un aspect de l’histoire était passé sous silence », explique Jörg Friedrich, co-développeur du jeu.

Le tabou a été brisé début août : sous la pression de l’industrie des jeux vidéo et de la communauté des joueurs, l’autorité indépendante de régulation allemande (USK) a accordé au secteur la même latitude que celle dont bénéficient déjà le cinéma ou le théâtre. « Les jeux qui se penchent de manière critique sur les événements passés peuvent se voir attribuer une approbation pour la première fois » au nom de la « liberté artistique », a expliqué une responsable de l’USK, Elisabeth Secker.

Une décision qui datait de 1998

A la suite d’une décision de justice de 1998, les jeux vidéo n’y avaient jusqu’alors pas droit. Les juges craignaient à l’époque que les enfants « grandissent avec ces symboles et insignes et s’y habituent ». « C’est un passé que l’on ne doit pas forcément occulter car il peut aussi constituer une piqûre de rappel » pour le public, estime pour sa part Michael Schiessl, visiteur de la Gamescom.

Pourtant, ce tabou brisé a du mal à passer dans le pays. « On ne joue pas avec les croix gammées », a critiqué la ministre allemande de la Famille, Franziska Giffey, dans une interview jeudi au groupe de presse Funke. Les Allemands en particulier « doivent continuer aujourd’hui à être conscients de leur responsabilité historique », a-t-elle dit.

« Il n’y a pas de risque de dérive »

« Comment allez-vous expliquer aux jeunes qui viennent de jouer dans + Call of Duty + qu’ils peuvent y hisser le drapeau à croix gammée mais que s’ils le taguent sur le mur d’une maison, ils finissent au tribunal ? », s’exaspère aussi Stefan Mannes, rédacteur en chef d’un portail allemand d’informations sur le IIIe Reich baptisé « L’avenir a besoin de mémoire ».

Un argument que rejette Klaus-Peter Sick, historien au Centre Marc-Bloch de Berlin : « le joueur est intelligent et sait faire la différence » entre la fiction et la réalité. « Il n’y a pas de risque de dérive : on ne devient pas nazi en voyant des croix gammées ! » D’autant plus que l’USK n’envisage pas d’autorisation générale et donnera son accord au cas par cas pour savoir si la présence de symboles nazis dans un jeu est « socialement appropriée ».

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